Archive pour janvier 2010

Histoire de la Symphonie numéro 7, dite « Leningrad », de Dmitri Chostakovitch (6)

Par Ming

Une œuvre considérée comme une arme psychologique

Chostakovitch avait tenu à informer les auditeurs de la radio de Léningrad qu’il travaillait sur cette symphonie, pour les encourager à reprendre une vie normale en dépit du siège de la ville et des très nombreuses morts de personnes. Le 5 mars 1942, la création de l’œuvre est assurée au théâtre Bolchoï de Moscou. C’est le début de la propagation de la Symphonie, qui est ensuite jouée à Léningrad dans des conditions inimaginables. D’abord parce qu’à cause du siège, un seul orchestre a été autorisé à rester, ensuite parce qu’une partie des musiciens qui le composaient sont morts.

Le siège de Leningrad, avec les premières victimes des bombardements de la Luftwaffe.

Il faut donc piocher parmi les soldats pour pouvoir trouver de quoi remplacer les absents et les morts. Une équipe de copistes ont reproduit les partitions nécessaires, qui ont été introduites dans la ville en dépit du blocus imposé par les forces de l’axe. Le 9 août 1942, la Symphonie est jouée, considérée comme une arme psychologique, elle est non seulement destinée aux habitants mais aussi aux forces de l’axe, qui, afin qu’ils puissent l’entendre, subissent un bombardement intense avant le concert. Lequel est retransmis par haut-parleurs dans la ville et le no man’s land.

Symphonie n°7 puis n°8

Pour Chostakovitch, on pourrait croire que cela lui sauva définitivement la vie puisque jouissant dès lors d’une réputation mondiale, son assassinat ou sa déportation auraient été rendues impossibles sans explications de la part du parti ou de Staline. Cette célébrité provoqua chez le petit père des peuples et ses sbires les plus fidèles une véritable crise de rage, puisque par deux fois au moins, les diplomates et ambassadeurs se rendant à Moscou pour discuter de questions stratégiques éludèrent certaines questions en parlant de la « splendide Symphonie numéro 7 et de votre divin compositeur ». Cela ne fit en conséquence qu’accentuer la pression à laquelle était soumis l’artiste, qui dut, pour compenser et calmer Staline, composer une nouvelle symphonie dédiée cette fois-ci à la gloire du dictateur, après la n°8 faussement nommée « de Stalingrad ».

La Symphonie numéro 8 et son premier mouvement, dont l’ouverture est parmi les plus sinistres et les plus noires qui figurent parmi toutes les œuvres ayant été composées au cours du 20eme siècle. C’est en fait un Requiem dédié à toutes les victimes du stalinisme et non pas à la résistance de la ville de Stalingrad, comme les Soviétiques ont longtemps voulu le faire croire.

La Symphonie n°8, si elle paraît être une œuvre relative à la guerre, est en fait un véritable requiem à toutes les victimes de la terreur et des grandes purges. « J’étais perpétuellement surveillé et la moindre de mes compositions faisait l’objet d’âpres critiques, on me reprochait la trop grande présence de notes graves ou d’aiguës, de la trop grande présence d’airs tristes qui étaient considérés comme anti-révolutionnaires parce que nous avions gagné la guerre et ma musique devait être désormais gaie, symbolisant la victoire sur le nazisme. J’en étais parvenu à un point ou je ne pouvais même plus composer ce que je voulais et souhaitais composer », commenta-t-il dans ses mémoires posthumes.

Staline est fortement déçu

La Symphonie numéro 9 déplaît fortement à Staline, car il n’y aucun chœur ni aucun hommage, et de son propre avis, Chostakovitch n’a pas voulu, même sous la contrainte, en disposer. « Je ne pouvais tout simplement pas le faire. La simple idée de lui rendre hommage selon ses désirs me donnait la nausée ». Si pendant la guerre, les arrestations s’étaient réduites et la menace pour les Russes considérablement affaiblie, dès la fin du conflit, la répression reprend de plus belle. « Cette fois-ci je n’étais plus un ennemi du peuple, j’étais « simplement » devenu un conformiste nuisible à l’intellect de tout citoyen soviétique. À la différence de certains, je ne fis jamais mon auto-critique car j’étais devenu paradoxalement presque intouchable, grâce au succès de mes Symphonies numéro 7 et 8 ».

Chostakovitch représenté en pompier sur la couverture du magazine américain Time. Sa Symphonie numéro 7 connut un grand succès en occident ou elle fut jouée plus d'une soixantaine de fois.

La Symphonie numéro 7 fut pour le compositeur une œuvre majeure qui se transforma rapidement en un véritable cadeau empoisonné. « Il semblait aux yeux du parti que ma carrière professionnelle ne se résumait uniquement qu’à cette symphonie, et il en fut tellement dit à son propos, à ses mouvements que discuter sa composition, les airs ou ne serait-ce que certains passages m’est impossible ».

La Symphonie numéro 9, conçue à la base pour calmer Staline, sous la forme d’un hommage au dictateur qui ne figura jamais dans l’œuvre. Ce mouvement (Presto, c’est-à-dire un tempo rapide) est à la fois enjoué, gai et grotesque. Autrement dit, une sorte de moquerie mâtinée d’au moins un passage que l’on peut qualifier de violent.

Si Chostakovitch eut énormément de mal à discuter de ces symphonies, il essaya en revanche avec le concours de celui qui devint son biographe de populariser une œuvre d’un de ses élèves du conservatoire de Leningrad, Veniamin Fleishman et son opéra en un acte, Le violon de Rotshchild. Fleishman n’eut jamais le temps de finir l’orchestration de son œuvre, car il fut appelé à défendre la ville en première ligne et ne survécut pas à la bataille. Chostakovitch se chargea en conséquence et après-guerre de porter quelques modifications et de faire une représentation du Violon de Rotshchild, dont l’intrigue repose sur un fond d’antisémitisme.

Un extrait du Violon de Rotshchild, qui ne fut joué qu’une seule et unique fois du temps de Brejnev. Cette œuvre a été depuis rejouée et son compositeur a même fait l’objet d’un film en 1996, dont le titre porte le nom de son opéra.

Malheureusement pour Chostakovitch aussi bien que pour son biographe, ils commirent l’erreur de faire jouer l’opéra sous le règne de Brejnev, au moment ou ce dernier était en pleine répression antisémite et ou les juifs Russes étaient considérés presque comme étant anti-communistes. L’opéra, qui de plus et paradoxalement a certains accents musicaux italiens, ce qui n’arrange rien à l’époque et ne joue définitivement pas en sa faveur, ne fut représenté qu’une seule et unique fois pour être banni jusqu’à l’effondrement de l’empire soviétique. De nos jours, cette œuvre particulièrement courte est encore ignorée par bien des amateurs.

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Le RBFM, des marins dans une unité blindée

A Témara, lorsque le Général Leclerc met en place sa Deuxième Division Blindée, il réunit et unifie des unités de toutes l’Afrique du Nord. Il organise ses troupes en fonctions de leurs traditions et passés afin de créer un ensemble homogène et cohérent. Le but principal de chaque homme au sein de sa division doit être : vaincre les Nazis. Mais lorsqu’on lui imposera une unité de marins, de plus Vichystes, il fut très réticent… Une unité de marins dans une division blindée, du jamais vue!

Par Tayp’

De Vichy à la France Libre

La défaite de 1940 face à l’Allemagne d’Hitler met les soldats, fidèles à la France, dans l’embarra. En effet, maintenant l’Histoire a donné raison aux personnes ayant rejoint le Général de Gaulle à Londres. Mais à cette époque la question est vive et loin d’être aussi simple qu’on pourrait l’aborder de nos jours. Certains partiront donc en Angleterre, mais d’autres resteront fidèles à Vichy, avec le même idéal et les valeurs que ceux de Londres. C’est le cas de la Marine Nationale française, qui de tout temps a toujours été fidèle à son gouvernement, et 1940 ne fait pas défaut. De plus, l’attaque de la flotte à Mers-el-Kebir en 1940, porte un coup au moral des marins qui pensaient les Anglais comme leurs Alliés. Le RBFM (Régiment Blindé de Fusiliers Marins) prend donc sa source dans un groupe de marins sous les ordres du Capitaine de Corvette Maggiar.
Entre 1940 et 1942 sur le bateau « Le Bougainville », les marins vont donc naviguer entre les différents territoires appartenant à la France pour les ravitailler. Cette activité prendra fin au port de Diégo Suarez en 1942, où ils sont coulés et fait prisonnier par les Anglais, après de durs combats. Interné en Angleterre, l’animosité des Français est croissante contre ses « Alliés », qui les traitent moins bien que les prisonniers Italiens, qu’ils considèrent eux, comme leurs ennemis. Transféré en Afrique du Nord, Le Capitaine de Corvette Maggiar, prend en main le groupe pour reprendre le combat. Il obtient des autorités de créer un bataillon de Fusilier marins, chose faite un mois et demi plus tard.

Le Bougainville

Le bataillon Bizerte

L’unité  est formée et équipée en un temps record. Elle obtient de vieux armements français, mais pour le moment les marins s’en contentent. Les premiers combats ne vont pas tarder à venir pour le petit groupe de plus de 500 hommes. Ils sont incorporés à l’Armée d’Afrique et participent à la prise du port de Bizerte, clé de l’organisation du débarquement en Méditerranée. L’unité va rester sur ces positions pendant un long moment, trop long pour ces hommes.
La persévérance étant un atout de Maggiar, cherche à obtenir des autorités françaises que son unité quitte Bizerte et rembarque dans des bateaux. Or, ce n’est pas les bateaux que les FFL ont en quantités, mais des chars. Le Général Juin leur offre la possibilité de créer une unité de chasseur de char qu’il met sur pied. Voilà l’occasion de reprendre le combat, et Maggiar n’hésite pas, il accepte. Un char est un petit bateau, le fonctionnement et l’esprit est le même; les marins le prouveront au combat.

Le Capitaine de Corvette Maggiar après avoir été blessé à l'oeil droit à Paris

Les marins sur les chars

Le 19 septembre 1943, l’unité est officiellement créée et prend le nom de Régiment Blindé de Fusiliers Marins. Pour le moment sans affectation particulière, la petite équipe se déplace plusieurs fois pour finir à Berkane, dans le camp du 11ème RCA. C’est ici qu’ils vont faire connaissance avec leurs compagnons de combat: le Tank Destroyer M10!! Après une courte formation où les marins se montrent de très redoutables tireurs, les tireurs des chars étant d’anciens canonniers de marine, l’unité perçoit ses propres chars. Déception, ils récupèrent les vieux chars sur lesquels ils se sont entrainés et laissent au 11ème RCA les TD tous neuf qui viennent d’arriver.
En vue des combats en France, le RBFM est transporté en Angleterre où, pour améliorer leur précision de tir, Maggiar obtient suffisamment de lunette de visée de marine pour équiper tous les chars. En Angleterre la formation se termine et il est temps de penser à une affectation.

Le général Leclerc discute avec Philippe de Gaulle, sous le regard de Capitaine de Frégate Maggiar

Des marins dans la 2ème DB de Leclerc

En Avril 1944, les autorités françaises intègrent le RBFM à la 2ème DB de Leclerc. Contrairement aux autres unités qui composent sa division, les marins lui sont imposés, et Leclerc ne tardera pas à le montrer. En effet lorsqu’il rencontre l’unité dans la campagne anglaise, Leclerc sera très froid avec eux: « Je ne vous ai pas demandés. Le Général de Gaulle vous a imposés à moi. Je suis bien obligé de vous prendre. Mais je sais qui vous êtes et ce que vous avez fait. Vous avez toujours défendus les intérêts de la Marine, mais pas de la France. Il faudra que vous changiez. Si vous ne le faites pas, si vous ne vous entendez pas avec les autres unités de la 2e D.B, je vous laisserai sur les quais dans les ports anglais. Vous ne débarquerez pas en France…. ». Pour accompagner ses paroles, il leur retire la fourragère obtenu par leurs anciens en 1918 à Dixmude. Il ne leur autorisera à la porter qu’après avoir fait leurs preuves au combat en France. Après ces amabilités, les marins rejoignent les unités de la DB et s’entrainent côte à côte. Ils attendront avec leurs camarades le 1er août pour monter sur un LST pour prendre la direction de la Normandie. Ils touchent le sol français dans la nuit du 2 au 3 août. Le périple de la 2ème DB commence, et les marins auront une place très importante dans celle-ci.

De la vexation à la reconnaissance

Les marins, vexés par les propos de leur chef en Angleterre, s’appliqueront à lui prouver leur valeur et leur combativité. Arrivé en France, ils ne tardent pas à mettre leur idée en pratique et se montrent de redoutables guerriers contre les chars et canons allemands. Dispersés dans les différents groupements de la division, contrairement aux souhaits de Maggiar qui a dû céder, les TD sont employés pour les « coups durs ». En effet on les emplois essentiellement pour détruire et réduire les points de résistances allemands. Durant cette période, riche en combat, les marins se font la main sur leurs chars et gagnent peu à peu la confiance de leurs camarades. A ce moment là, le régiment a l’honneur d’acceuillir dans son rang le fils du chef de la France Libre: Philippe de Gaulle.
La libération de Paris est pour eux, comme pour tous les soldats de la division, un moment riche en émotion. Arrivés par les différents itinéraires des groupements, les marins jouent encore un rôle important dans les combats. C’est dans la capitale que le TD « Le Simoun » accomplira un tir resté dans les annales. Il touche, de la place de l’Etoile, un char Panther situé place de la Concorde, soit une distance de 1800 mètres. C’est à Paris que le Capitaine de Frégate Maggiar est blessé à l’œil droit.

Un tank destroyer rue de Rivolyi

De Paris à l’Allemagne

Après Paris, la Deuxième Division Blindée est de nouveau sur les routes et les marins avec elle. Les combats se poursuivent sans relâche jusqu’à la Lorraine où le RBFM aura encore moyen de se distinguer. En effet à Dompaire aura lieu la plus grosse bataille de chars de la division de Leclerc. La 2ème DB remporte une victoire écrasante sur les forces de l’Axe avec cinquante-neuf chars et trente-cinq véhicules blindés détruits. Sept TD du quatrième escadron détruiront treize Panther. Avec Strasbourg, le RBFM totalisera quarante-sept chars allemands mis hors de combat! C’est un des plus beau palmarès de la division, grâce notamment au char « Siroco » et son pointeur le Quartier Maitre Lecalonnec qui détruisit neuf Panthers allemands.
Les marins participent avec la division à la réduction de la poche de Royan et à la prise de Berchtesgaden. Durant les combats aux côtés des soldats du Régiment de Marche du Tchad ou du 11ème Régiment de Chasseur d’Afrique, les marins venant du Bougainville, vont trouver leur place sur les combats de la terre ferme jusqu’à exceller dans leur domaine. Ce comportement au combat ira jusqu’à leur apporter trois distinctions militaires.

Une scène de combat à Paris

Une organisation précise de l’unité

Voici un aperçu des aventures des marins du RBFM à travers la France de Vichy, les océans, l’Angleterre, l’Afrique du Nord et la France libérée. L’organisation de cette unité fut évolutive mais a pour base: quatre escadrons composés chacun d’un peloton de commandement, et de trois pelotons de combat. Chaque peloton de combat étant composé de cinq jeeps, une automitrailleuse, un Dodge de ravitaillement et de quatre tanks destroyer. En plus de cela il y avait un escadron hors rang pour l’Etat-major, le service sanitaire et l’approvisionnement.
Un tank destroyer avait un équipage de cinq hommes: en tourelle: le chef de char, le chargeur et le tireur; en poste de conduite: le conducteur et le radio.

A suivre…

Sources:

http://www.rbfm-leclerc.com
Les fusiliers marins de Leclerc de l’Amiral Maggiar

D’UNE GUERRE A L’AUTRE : TENSIONS INTERNES, TENSIONS INTERNATIONALES ET MONTEE DES PERILS DANS LA CORSE DES ANNEES 20 ET 30.

La période de l’entre deux guerres est plus qu’un temps de répit entre la période de conflits. C’est aussi et surtout une période où les contentieux non soldés par le traité de Versailles vont cristalliser tous les mécontentements et les tensions internes aux sociétés et les déplacer sur la scène internationale pour finir par la déflagration terminale. Le cas de la Corse des années 20 et 30 illustre particulièrement ce propos car il montre l’articulation entre les contradictions d’une petite société, les dynamiques propres au fascisme italien et les relations internationales méditerranéennes de plus en plus tendues. Comprendre cette période c’est aussi comprendre les contradictions qui apparaîtront dans les années 40 entre attachement à la France, pétainisme, résistance, gaullisme et communisme

L’espace italique en 1919 (cliché en ligne sur Wikimedia commons)

UNE SOCIETE CORSE FORTEMENT DESTABILISEES ET REACTIVE DANS LES ANNEES 20 ET 30 :

C’est, avant tout, les perturbations internes de la société et de l’économie corse qui créeront une situation fragile qui dégénérera en cause de conflit.

« ERA U MACCELLU[1] » : UNE SOCIETE SAIGNEE ET APPAUVRIE, UNE CORSE QUI SE VIDE.

Depuis les années 1880, La Corse connaît une terrible crise économique qui touche le cœur même de son économie : l’agriculture vivrière. La concurrence des céréales des pays neufs, la crise phylloxérique entraînent déprise agraire, exode rural, fuite vers les colonies et le Continent. Le pic démographique est passé en 1890. On estime les départs à 1800 par an.

A cette aspiration vers l’extérieur, s’ajoute la saignée de la guerre de 14-18. Les pertes sont très importantes, fauchant toute une génération jeune et active. La population restante est vieillie, vieillissante et dépend de plus en plus des concours publics pour sa survie.

Culturellement une rupture se produit et les traditions ne sont plus transmises.

Monument aux morts de la commune de Calinzana : la liste couvre 3 des faces de la stèle sans compter les deux panneaux dans l’église pour environ 2500 habitants en 1914. Il n’y a que 9 noms pour la seconde guerre mondiale. (Cliché Fioranima tous droits réservés)


[1] « C’était la boucherie », titre de la revue U Pian d’Avretu sur la première guerre mondiale. Quel que soit le chiffre exact de disparus, qui fait encore débat, le poids des morts restent gravés dans les représentations insulaires. En témoigne la fièvre de construction des monuments aux morts dans les années 20.

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Histoire de la Symphonie numéro 7, dite « Leningrad », de Dmitri Chostakovitch (5)

Par Ming

Le mythe de la Symphonie numéro 7 dite de « Leningrad »

En 1941, Chostakovitch est réhabilité et se voit confier un poste de professeur au fameux conservatoire de Leningrad. Le 8 août de la même année, les premières bombes allemandes tombent sur la ville. À sa demande, le compositeur est intégré dans une équipe de veille anti-incendie. C’est au cours du siège, selon le mythe, que la Symphonie numéro 7 fut écrite.

Une des équipes luttant contre les départs d'incendie comparable à celle à laquelle Chostakovitch fut intégré, avant d'être évacué à Moscou.

C’est en partie exact, mais ce n’est pas la vérité dans toute son ampleur. La symphonie a été terminée, selon la légende, le 27 décembre 1941. Si les musicologues et autres compositeurs russes s’accordent à peu près sur cette date, il en est revanche tout autrement en ce qui concerne le moment où Chostakovitch débuta son écriture. Certains pensent que le premier mouvement a été terminé un an avant l’invasion allemande. Le compositeur lui-même devait préciser bien après la mort de Staline, ce qui suit : « je n’ai pas spécifiquement pensé à l’invasion allemande pour le premier mouvement. En fait l’idée à l’origine est celle de l’invasion de la terre par des forces étrangères, et non pas spécifiquement de l’invasion nazie ». Avec sa forme spécifique de satire, il est même fort probable que Chostakovitch eut pensé une fois de plus à la terreur communiste. C’est du moins ce qu’à toujours pensé Flora Litvinona, actrice et amie du compositeur.

Chostakovitch a composé cette symphonie, la numéro 7, non pas pour célébrer la résistance de la ville de Leningrad face au siège des forces de l'axe, mais bien pour dénoncer tout forme de dictature totalitaire, à commencer par celle de Staline. Cela explique l'air particulier du premier mouvement et les raccords effectués avec les mouvements suivants, qui n'ont pas été composés à la même date mais plus tard. Une fois que les allemands avaient envahi l'URSS.

Le premier mouvement, dit « de l’invasion » est d’une exploitation orchestrale similaire à celle du Boléro de Ravel : il est ainsi répété douze fois, crescendo (les mesures sont répétées 169 fois par la caisse claire pour le Boléro). L’impression qui en ressort peut être comparée à celle d’un raz de marée naissant qui prend de plus en plus de puissance et qui en vient à tout ravager sur son passage, inexorablement. Pour Chostakovitch comme pour Ravel, le but de ce rythme à la fois uniforme et invariable est le même, celui de faire défiler les forces du mal et de démontrer leur puissance. Si pour le Boléro, elles finissent par triompher brutalement, en ce qui concerne la 7eme Symphonie, le sentiment est différent au sens ou il s’agit d’une agonie, d’une mort lente et inexorable.

Le premier mouvement, avec son air crescendo, répétitif, comparable à celui du Boléro de Ravel en termes d’exploitation orchestrale. On entend le splendide, fameux et magistral « thème de l’invasion », ici brillamment orchestré par Léonard Bernstein.

Un mouvement et trois autres, une différence

Le deuxième mouvement est un scherzo, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une composition musicale rapide censé être remplie d’allégresse ou du moins entraînante en principe. C’est effectivement le cas mais ce mouvement est presque grotesque et/ou déformé, au sens ou il laisse une impression mitigée, partagée entre une sorte de joie mêlée de peur, une sorte de sourire contraint, forcé. Il y a un puissant paradoxe dans ce mouvement, qui fut décrit par un musicologue comme étant « une obligation de se réjouir perpétuellement sous peine de recevoir des coups ».

Ci-dessus, le troisième mouvement est marqué par un tempo lent, qui semble marquer une sorte d’agonie que l’on pourrait paradoxalement qualifier de silencieuse, qui est ensuite poussée. On remarque l’omniprésence des violons « sanglotants ». Il est difficile de dire si Chostakovitch a alors pensé au sort des Russes qui subirent l’invasion et l’occupation allemande ou s’il a pensé à l’acceptation, la résignation à la réjouissance contrainte.

Ci-dessus, la fin du troisième mouvement, qui précède le quatrième, on entend déjà les airs triomphaux, alternés par des passages plus graves et un tempo alterné, d’abord rapide -tel une charge de cavalerie- puis le retour des violons.

Ci-dessus, le quatrième mouvement est triomphant (aux alentours des 2 min 30 de lecture), mais il est précédé et suivi de passages si ce n’est macabres au moins sinistres, qui rappellent la mort ou les innombrables vies perdues lors de la bataille, du moins le siège.

On remarque une différence de taille entre le premier mouvement et ceux qui suivent. La raison repose sur le fait que les trois mouvements suivant le premier ont été réalisés pendant le siège de Leningrad, puis au moment ou Chostakovitch fut évacué à Moscou, en octobre 1941. Il y a donc un « décalage » ou plutôt une adaptation des derniers mouvements par rapport au premier (voire même au second), puisqu’ils ne correspondent pas exactement à l’idée d’origine de la composition de la symphonie.

A SUIVRE…

Nous avons parlé du siège de Leningrad qui dura plus de 800 jours sur le forum. En copiant cette adresse, vous pourrez lire l’histoire de ce dramatique épisode de la guerre à l’Est :

http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/le-front-de-l-est-f26/leningrad-l-indompte-ou-les-900-jours-t7790.htm

Histoire de la Symphonie numéro 7, dite « Leningrad », de Dmitri Chostakovitch (4)

Par Ming

Menacé par le Nkvd

Ce fut l’occasion d’un nouvel article de la Pravda -le troisième- qui poignarda à la fois l’œuvre et son auteur, avant que ce dernier ne se fasse condamner officiellement par l’union des compositeurs soviétiques, ce qui équivalait à une mise au banc de la société. Devenu un paria, il put alors compter ses amis réels sur les doigts d’une main. Nombreux furent ceux qui profitèrent de la situation et n’hésitèrent pas à le trahir pour obtenir les faveurs de Staline où de différents organismes liés de près ou de loin au domaine artistique, c’est-à-dire un des nombreux comités soviétiques d’auteurs, de compositeurs, voir d’écrivains. À cette époque, on peut lire dans la Pravda ou d’autres journaux des encarts ou brèves qui mentionnent que « l’ennemi du peuple Chostakovitch fera une représentation de sa sonate pour violoncelle et piano… ».

Le siège du Nkvd -aujourd'hui du FSB- à Moscou, la Loubianka. A l'époque, nombreux étaient les gens qui y rentraient pour ne jamais en ressortir vivants. La Loubianka abrite une prison, ainsi qu'un laboratoire des poisons, lesquels étaient testés sur les prisonniers.

La Loubianka à Moscou, siège du Nkvd à l'époque -aujourd'hui du FSB-. Durant les années 1930, nombreux étaient ceux qui y rentrèrent pour ne jamais en ressortir. L'immeuble comporte une prison au sous-sol, et le tristement célèbre laboratoire des poisons, dont certains furent testés sur les prisonniers.

Quelques temps plus tard, il fut convoqué par le Nkvd pour être interrogé. Il ne dut sa survie qu’à l’exécution de l’officier en charge de son dossier, ce que Chostakovitch ne sut que bien plus tard. Ce fut durant cette époque, la plus noire de sa vie, qu’il traversa des phases de dépression et d’envie de suicide. C’est à la suite de cette période de sa vie qu’il fut victime d’insomnies récurrentes dont il ne parvint jamais à se débarrasser par la suite.

Menacé par le Nkvd et le parti communiste soviétique, Chostakovitch ne dut sa survie qu'à un concours de circonstances si ce n'est inhabituel, extraordinaire. Néanmoins, le compositeur en fut psychologiquement marqué, ce qui influença considérablement ses oeuvres, qu'il s'agisse de la 4eme, 5eme, 7eme ou 8eme Symphonie.

La symphonie numéro 4, l’oubliée

Ce fut aussi à cette époque qu’il s’attela à la Symphonie numéro 4, qui repose sur trois mouvements. Pour éviter d’entrer dans des considérations trop musicales, le premier et le dernier mouvement, très longs, encadrent celui du milieu qui s’avère être exceptionnellement court. Cette symphonie fut longtemps reléguée au placard sous différents prétextes : Chostakovitch se disait être insatisfait de son œuvre comme de la direction du chef d’orchestre Fritz Stiedry, un réfugié viennois ayant fui le régime nazi pour prendre les rênes de l’orchestre philharmonique de Leningrad.

Fritz Stiedry, compositeur et chef d'orchestre viennois qui fuya le régime nazi au pouvoir en Autriche, et qui orchestra la Symphonie numéro 4, mais qui ne put jamais en faire une représentation publique. Si tel avait été le cas, il aurait sûrement été assassiné, comme de reste Chostakovitch lui-même. La Symphonie numéro 4 fut ensuite reléguée au placard pour être jouée en 1965, raccourcie et fortement modifiée pour ne pas "offenser" le parti communiste comme son secrétaire général, Leonid Brejnev.

Ces raisons, bien que plus ou moins exactes, furent mises en avant pour masquer la vérité : le troisième mouvement, le plus long de tous, représente en langage musical une véritable agonie. Il est comparable à une lente progression vers la mort, presque une marche funèbre ou l’on imagine parfaitement un homme fatigué, rompu, cassé et brisé qui attend la mort presque comme une délivrance. Il n’est pas difficile d’imaginer ce que le compositeur pensait lorsqu’il a créé cette symphonie.

L’antithèse de la vision communiste de l’avenir

Ce ne sont pas des airs larmoyants à la Chopin, mais bel et bien une succession pessimiste et quelques soubresauts qui se terminent sur un final qui vous glace le sang. Elle ne fut pas jouée parce qu’elle s’opposait en tous points aux concepts, si ce n’est communistes, au moins stalinistes, qui offraient une vision de l’avenir aussi radieuse que souriante, allant jusqu’au grotesque. Notamment par le biais de l’idéologie du « nouvel homme communiste » -qui sera régulièrement remise au goût du jour jusqu’en 1989-. La Symphonie numéro 4 est exactement l’antithèse de la vision radieuse de cet avenir utopique, et Chostakovitch réalisa alors que la représentation d’une telle œuvre l’exposerait à d’inévitables représailles de la part du parti. Réduite, elle ne fut jouée pour la première fois qu’en 1946.

Illustration de l'idéal du "nouvel homme communiste", une idée qui fut reprise sous plusieurs dirigeants : sous Lénine, puis Staline, puis Krouchtchev et enfin Gorbatchev.

Réhabilité au seuil de l’invasion allemande

Chostakovitch se consacre ensuite aux musiques de films, puis fait un retour vers le classicisme notamment sur sa Symphonie numéro 5, ce qui lui permet un retour en grâce. Le style est épuré, simplifié sans être simpliste, et le compositeur ne s’est pas départi de son habituelle satire. Cette fois-ci, elle peut être interprétée comme une attaque, une lutte contre la tyrannie, sous des airs que d’aucuns qualifieraient de classiques dans le classique.

Trois grands maîtres de la musique russe : Prokofiev, Chostakovitch et Katchakourian à Moscou en 1945. Chostakovitch survécut à la guerre, à la différence de certains de ses élèves du conservatoire de Leningrad.

En 1941, il est réhabilité et se voit confier un poste de professeur au fameux conservatoire de Leningrad. Le 8 août de la même année, les premières bombes allemandes tombent sur la ville. À sa demande, le compositeur est intégré dans une équipe de veille anti-incendie. C’est au cours du siège, selon le mythe, que la Symphonie numéro 7 fut écrite.

A SUIVRE…

Nous avons discuté du siège de Leningrad sur le forum, en copiant cette adresse, vous pourrez lire les différentes interventions et l’historique du siège :

http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/le-front-de-l-est-f26/leningrad-l-indompte-ou-les-900-jours-t7790.htm

Les Rochambelles, des femmes dans la 2ème DB

Un groupe de femme au sein d’une unité blindée, de nos jours c’est courant; mais pendant la Deuxième Guerre Mondiale cela l’était beaucoup moins. En effet celles-ci étaient cantonnées à des rôles à l’arrière: personnel de bureau, infirmières… Le seul groupe de femme à avoir participé aux opérations Alliées sur le territoire français : le groupe Rochambeau. Un groupe de femme ambulancière au service de la 2ème Division Blindée de Leclerc.

Par Tayp’

Une création à la française

Les Français sont réputés pour leur « système D », et le groupe Rochambeau ne manquera pas à cette règle. En effet, l’histoire de la création de cette unité « militaire » commence en 1941 grâce à une  Américaine sexagénaire: Florence Conrad. Après avoir opéré pendant le premier conflit mondial et la défaite de 1940 en tant qu’infirmière, Madame Conrad cherche le moyen de participer aux opérations à venir. Elle récolte, par le biais de plusieurs associations de femmes américaines, assez d’argent pour acheter seize ambulances Dodge, modèle WC54; ceux utilisés par l’armée américaine et ses Alliés. Toujours aux Etats-Unis elle réunit autour d’elle un groupe de quinze jeunes filles, qui seront la base de du groupe appelé dès cet époque le groupe Rochambeau, en souvenir du compagnon de Lafayette. Parmi elles se trouvent Suzanne Massu, alias « Toto » qui prendra par la suite de Florence Conrad à la tête.

13eme Bataillon Médical


Transféré, par la ténacité de leur chef, en Afrique du Nord, le groupe se retrouve début septembre 1944 à Casablanca après un long voyage sur le « Pasteur ». Malheureusement personne ne les y attends; il va falloir encore se battre pour intégrer la division blindée créée par le Général Leclerc, dont elles avaient entendu parler de l’autre côté de l’Atlantique. Mais c’est chose faite fin septembre 1944!! Le Général intègre les filles à sa division blindée et les verse au 13ème Bataillon Médical. Cette intégration ne fut pas sans peine; le Général voulait tout d’abord prendre les ambulances, mais sans les femmes. Voilà le groupe Rochambeau à Rabat.

De gauche à droite Margueritte, Antoinette, Lucienne, Madeleine, Paule, Lucie et Michette

Des débuts difficiles

Le groupe Rochambeau intègre donc une unité composée pour le moment exclusivement d’homme qui, pour la plus part, ne pense pas que la place d’une femme soit en première ligne. A ce moment là les filles s’activent, elles doivent apprendre leur rôle d’infirmière, de soldat et de conductrice, ce qui n’est pas évident à cette époque là pour les jeunes femmes. De plus le groupe doit recruter pour pouvoir constituer un équipage de deux filles par véhicule. Toute l’Afrique du Nord est donc scrutée pour trouver la dizaine de filles qu’il manque. Pendant ce temps là les filles découvrent leurs futurs compagnons d’armes, et pour certains et certaines de vie (plusieurs Rochambelles se marieront avec des soldats de la DB), qui ne tardent pas à les surnommer les « Rochambelles ».

La mise sur pied de la Deuxième Division Blindé achevée, c’est le départ direction l’Angleterre. Les Rochambelles embarquent sur le Cap Town Castel, direction Cottingham où elles resteront trois mois. Durant cette période quelques filles rejoignent le groupe qui termine sa formation. Le 1er août, les 19 ambulances embarquent sur le LST Philipp Tomas qui les débarque à Utah Beach, sur la terre de France!!

Allemagne - Ambulance "Madeleine-Bastille II"

Le groupe en première ligne

Dès les premiers combats, les Rochambelles se montrent à la hauteur de la tâche qui leur incombe, et gagnent la confiance de leurs camarades et de Leclerc! Elles ont comme rôle d’évacuer les blessés dans la zone de combat, leur prodiguer les premiers soins et les transporter jusqu’au poste de triage/traitement le plus proche. Cette proximité avec le combat eu des répercussions dans le groupe. En effet, Micheline Garnier disparaît étrangement à Argentant en conduisant un blessé au poste de triage; une autre, Polly Lange, fut très gravement blessé par un bombardement. Il y eu aussi de la casse matériel, mais dans une organisation comme la 2ème DB, le problème est vite résolu. La petite équipe va donc suivre les traces de l’unité d’ Utah Beach à Paris, en passant par Alençon, en faisant du mieux qu’elles peuvent.


L’entrée dans Paris, fut pour elles aussi un moment inoubliable. Mais malheureusement, contrairement à leurs camarades, l’arrivée dans cette ville n’était pas synonyme uniquement de joie. En effet Leclerc, au Maroc, les avait « engagées » que jusqu’à Paris!! Mais leurs efforts depuis la Normandie vont avoir droit sur le Général qui décide de les garder jusqu’à la fin des combats. Ce n’est qu’après cette annonce que les filles peuvent profiter de la libération de Paris!

Ambulance "Cornebiche"


Direction Strasbourg…

Et voilà les Rochambelles reparties sur les routes de France. Cette fois-ci l’objectif n’est plus Paris, mais Strasbourg, la capital Alsacienne qui est à la base du Serment de Kouffra: « Jurez de ne poser les armes que lorsq,ue nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Le groupe laisse à Paris Florence Conrad, qui va s’occuper du Val de Grâce, et engage quelques nouvelles filles. C’est donc « Toto » qui prend en main l’unité.

…Puis Berchtesgaden

Après Strasbourg, les filles de la DB continuent leur route jusqu’à Berchtesgaden où elles entrent Nid d’Aigle. C’est là que le groupe perd Leonora Lindsay, tuée par un Sniper. Les ambulances ne servent plus à transporter des blessés, mais à transporter quelques souvenirs que l’unité trouve sur place, notamment une très belle réserve de bouteilles, que Toto prend en charge dans son ambulance. Les hostilités s’achèvent quelques kilomètres après Berchtesgaden. L’armistice signifie la fin de la guerre, mais aussi la fin de cette aventure. Les filles sont donc partagées entre joie et tristesse. Cette tristesse va vite être atténuée par le message de Leclerc demandant des volontaires pour le corps expéditionnaire partant pour l’Indochine!!

Au parc de Bagatelle De la droite vers la gauche : Suzanne Torrès, Rosette Peschaud, Lucie Louet

Des femmes soldat

Ces soldats vont rester très femmes sous leurs uniformes. Tout le long des combats elles restent très coquètes et les ambulances se transforment dès qu’elles le peuvent en salon de coiffure! Les uniformes, dès leur réception, sont retouchés pour avoir une meilleure coupe. Toute cette coquetterie n’est pas exagérée, mais justement bien dosée; elles restent soldat et le savent! Trop de féminité leur attirerait certes les yeux des hommes, mais pas la reconnaissance des soldats. En effet, après leur arrivée à Rabat, les filles qui pour la première fois prirent une douche en tant que soldat, attirèrent plusieurs paires d’yeux baladeurs qui sèment la panique chez les filles. Florence Conrad veillera à ce que ça ne se reproduise pas!

L’insigne des ambulancières représente sur un fond bleu un Dodge WC54 sous les bombardements accompagné d’un drapeau français et d’une croix rouge. On remarque nettement la croix de lorraine qui coupe en deux le nom « ROCHAMBEAU » en bas.

A suivre…

Sources:

–  http://www.marinettes-et-rochambelles.com/
–  Quand j’étais Rochambelle
de Suzanne Massu


Histoire de la Symphonie numéro 7, dite « Leningrad », de Dmitri Chostakovitch (3)

Par Ming

La Pravda juge très durement l’opéra

Staline quitta sa loge avant même que l’opéra ne soit terminé. Le lendemain, la Pravda fit état de la représentation en des termes extrêmement menaçants. On y décrivait l’œuvre comme faisant preuve d’un « chaos, d’un flot de sons discordants et incongrus ». Chostakovitch était quant à lui directement visé. L’article précisait « un jeu qui pourrait mal finir ». Le compositeur devait déclarer dans ses mémoires, publiées post-mortem aux États-Unis, qu’il avait toujours été persuadé que l’article avait été rédigé de la main de Staline lui-même, en raison de certaines tournures de phrases. Ce n’était pas seulement Chostakovitch -bien qu’il fut la principale personne visée- qui était victime de cette diatribe mais également les gens ayant participé à la représentation de l’œuvre.

Autrement dit, les auteurs encourraient une arrestation arbitraire, synonyme de mort. Un deuxième article de la Pravda visa une nouvelle fois le compositeur, qui fut clairement déclaré comme étant un ennemi du peuple. La campagne de presse visant à le condamner avait commencé. Il espéra alors trouver un soutien voire un refuge chez un de ses meilleurs amis, qui n’était autre que le maréchal Toukhatchevski.

Les cinq premiers maréchaux de l'URSS en 1936. Sur les cinq présents, seuls deux ont survécu à la terreur et aux purges, le n°1 (Semyon Boudienny, mort en 1973) et le n°4 (Kliment Vorochilov, mort en 1969). Vassili Blücher (n°2) fut assassiné à la prison de la Lefortovo (du Nkvd) en 1938, Mikhail Toukhatchevski (n°3) fut fusillé en 1937 et Alexandre Egorov (n°5) fut également fusillé en 1939.

La terreur s’abat sur le pays

Ce dernier appréciait la musique de Chostakovitch, aimait discuter avec lui d’art en général et visiter des monuments historiques tels que le Palais d’hiver. Mais Chostakovitch ne savait pas que les jours du maréchal, qui était alors le plus grand héros de l’armée rouge -il avait été nommé à des fonctions importantes aux côtés de Trotsky par Lénine lui-même-, étaient comptés. Staline, avec le concours des nazis, liquida Toukhatchevski sur base de fausses accusations d’espionnage. Chostakovitch vit pour sa part de nombreuses personnes disparaître, des connaissances comme des amis. En dehors de Toukhatchevski, ce fut également Vsevolod Meyerhold, un dramaturge et metteur en scène Russe dont les origines sont allemandes de la Volga (1, voir note de bas de page), qui fut arrêté. Meyerhold avait eu tort de vouloir s’attirer les faveurs de Zinoviev et Trotsky, ce qui lui fut fatal. Sa femme ne lui survécut que peu de temps, car elle fut assassinée de dix-sept coups de poignard par une équipe du Nkvd, afin que Beria puisse récupérer l’appartement pour y loger une de ses nombreuses maîtresses. En fait, à cette époque, personne ne put se prémunir d’une arrestation et/ou d’une exécution, à l’exception de Staline lui-même. Car même les membres de la famille de Staline furent touchés par les assassinats. Aucun corps de métier, aucune fonction y compris au sein de l’administration -même le Nkvd- ne fut épargné par les purges et la terreur.

On reconnait sur cette photo Chostakovitch (alors jeune) avec à sa gauche Vsevolod Meyerhold. Chostakovitch habita un temps chez Meyerhold, dont le train de vie était par ailleurs aux antipodes de celui du Russe moyen, démuni de tout et affamé.

Chostakovitch traversa cette période en passant quantité de nuits blanches. Perpétuellement angoissé à l’idée d’être arrêté par le Nkvd, il avait toujours à portée de main une valise contenant le strict nécessaire pour fuir ou pour pouvoir changer de vêtements et se laver au cas ou il eut été emprisonné. Mais le compositeur différait de ses collègues de part un trait de caractère typiquement russe.

Une satire du régime au travers de ses œuvres

En analysant d’une manière globale l’ensemble de son œuvre, on y retrouve régulièrement une sorte de satire humaniste de son époque, ou il dénonce de manière artistique ce qui lui semble être inacceptable ou tout au moins sujet à la critique, à la reconsidération ou à la protection, la sauvegarde des vies humaines voir de la pensée. Si l’on excepte Lady Macbeth du district de Mtsenk, la deuxième œuvre qui illustre le plus brillamment cette forme de parodie est le ballet intitulé le Clair Ruisseau. Sa situation personnelle se compliqua d’autant plus à partir du moment ou il en fit une représentation.

Le balais « Le Clair Ruisseau » présente des mouvements de danse à la fois d’un classicisme absolu et comiques. L’intrigue réside autour de la visite d’une troupe de danseurs dans une ferme collective, ou se tient une réconciliation à la suite d’une dispute, tout autour de concombres russes -hasard totalement involontaire de ma part- et autres nourritures à foison. Il y a lieu de penser que les pas de danse comiques et la rencontre entre les danseurs et les « travailleurs d’état de la ferme numéro un de l’URSS » -laquelle était alors utilisée comme support de différents films de propagande- furent les principales causes de la nouvelle rage de Staline envers Chostakovitch. Désormais considéré comme « ennemi public », le compositeur se tint dès lors prêt à être arrêté par le Nkvd.

Le Clair Ruisseau fait classer Chostakovitch en tant qu’ « ennemi du peuple »

Le clair ruisseau était également le nom de la ferme d’état modèle, où étaient tournées les actualités cinématographiques montrant des records de production de blé alors qu’à l’époque, suite à une politique économique désastreuse, les récoltes étaient particulièrement mauvaises et la famine existait encore. Ce procédé classique de propagande -le mot « communication » n’était alors pas encore employé !- excédait le compositeur. Le ballet de Chostakovitch était ainsi à la base une satire aigre-douce qui visait directement aussi bien Staline que Jdanov -partisan de la vision artistique du « réalisme socialiste », une doctrine artistique soumise au parti communiste soviétique qui fit écraser par Jdanov tout autre courant artistique ou tout artiste aux vues non conformes à son dictat et celui de Staline-. Krouchtchev figurait également dans le lot des hommes politiques intégrés à cette satire, bien qu’il n’était pas encore en charge des questions agricoles mais alors responsable de la grande terreur dans le grenier à blé de l’URSS, l’Ukraine.

Staline et Jdanov. Jdanov eut la mainmise sur les artistes et courants artistiques en URSS et brisa plus d'une carrière sur simple considération personnelle ou ordre de Staline. Tout ce qui n'était pas conforme à la doctrine du "réalisme socialiste" ne méritait pas d'exister ou d'être mentionné. Certains expatriés, tels Igor Stravinsky, en souffrirent longtemps.

(1) Les Allemands de la Volga sont une ethnie qui vint s’établir sur les bords de la Volga dans la région de Saratov en 1763, sur invitation de l’impératrice Catherine II de Russie. Ils ne s’intégrèrent jamais réellement à la population russe et furent parmi les différents groupes de populations à souffrir de l’invasion allemande en juin 1941, non pas à cause des nazis mais de Staline, qui craignait qu’ils ne rejoignent les rangs de la Wehrmacht ou qu’ils ne viennent à servir d’auxiliaires pour le bénéfice des troupes d’Hitler. En août 1941, la très grande majorité d’entre eux fut déportée dans différents goulags, tout comme les Tchétchènes, les Tatars et les Polonais de Russie l’avaient été ou le furent par la suite. Bien peu survécurent aux traitements inhumains qu’on leur infligea.