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D’UNE GUERRE A L’AUTRE : TENSIONS INTERNES, TENSIONS INTERNATIONALES ET MONTEE DES PERILS DANS LA CORSE DES ANNEES 20 ET 30.

La période de l’entre deux guerres est plus qu’un temps de répit entre la période de conflits. C’est aussi et surtout une période où les contentieux non soldés par le traité de Versailles vont cristalliser tous les mécontentements et les tensions internes aux sociétés et les déplacer sur la scène internationale pour finir par la déflagration terminale. Le cas de la Corse des années 20 et 30 illustre particulièrement ce propos car il montre l’articulation entre les contradictions d’une petite société, les dynamiques propres au fascisme italien et les relations internationales méditerranéennes de plus en plus tendues. Comprendre cette période c’est aussi comprendre les contradictions qui apparaîtront dans les années 40 entre attachement à la France, pétainisme, résistance, gaullisme et communisme

L’espace italique en 1919 (cliché en ligne sur Wikimedia commons)

UNE SOCIETE CORSE FORTEMENT DESTABILISEES ET REACTIVE DANS LES ANNEES 20 ET 30 :

C’est, avant tout, les perturbations internes de la société et de l’économie corse qui créeront une situation fragile qui dégénérera en cause de conflit.

« ERA U MACCELLU[1] » : UNE SOCIETE SAIGNEE ET APPAUVRIE, UNE CORSE QUI SE VIDE.

Depuis les années 1880, La Corse connaît une terrible crise économique qui touche le cœur même de son économie : l’agriculture vivrière. La concurrence des céréales des pays neufs, la crise phylloxérique entraînent déprise agraire, exode rural, fuite vers les colonies et le Continent. Le pic démographique est passé en 1890. On estime les départs à 1800 par an.

A cette aspiration vers l’extérieur, s’ajoute la saignée de la guerre de 14-18. Les pertes sont très importantes, fauchant toute une génération jeune et active. La population restante est vieillie, vieillissante et dépend de plus en plus des concours publics pour sa survie.

Culturellement une rupture se produit et les traditions ne sont plus transmises.

Monument aux morts de la commune de Calinzana : la liste couvre 3 des faces de la stèle sans compter les deux panneaux dans l’église pour environ 2500 habitants en 1914. Il n’y a que 9 noms pour la seconde guerre mondiale. (Cliché Fioranima tous droits réservés)


[1] « C’était la boucherie », titre de la revue U Pian d’Avretu sur la première guerre mondiale. Quel que soit le chiffre exact de disparus, qui fait encore débat, le poids des morts restent gravés dans les représentations insulaires. En témoigne la fièvre de construction des monuments aux morts dans les années 20.

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