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Le RBFM, des marins dans une unité blindée

A Témara, lorsque le Général Leclerc met en place sa Deuxième Division Blindée, il réunit et unifie des unités de toutes l’Afrique du Nord. Il organise ses troupes en fonctions de leurs traditions et passés afin de créer un ensemble homogène et cohérent. Le but principal de chaque homme au sein de sa division doit être : vaincre les Nazis. Mais lorsqu’on lui imposera une unité de marins, de plus Vichystes, il fut très réticent… Une unité de marins dans une division blindée, du jamais vue!

Par Tayp’

De Vichy à la France Libre

La défaite de 1940 face à l’Allemagne d’Hitler met les soldats, fidèles à la France, dans l’embarra. En effet, maintenant l’Histoire a donné raison aux personnes ayant rejoint le Général de Gaulle à Londres. Mais à cette époque la question est vive et loin d’être aussi simple qu’on pourrait l’aborder de nos jours. Certains partiront donc en Angleterre, mais d’autres resteront fidèles à Vichy, avec le même idéal et les valeurs que ceux de Londres. C’est le cas de la Marine Nationale française, qui de tout temps a toujours été fidèle à son gouvernement, et 1940 ne fait pas défaut. De plus, l’attaque de la flotte à Mers-el-Kebir en 1940, porte un coup au moral des marins qui pensaient les Anglais comme leurs Alliés. Le RBFM (Régiment Blindé de Fusiliers Marins) prend donc sa source dans un groupe de marins sous les ordres du Capitaine de Corvette Maggiar.
Entre 1940 et 1942 sur le bateau « Le Bougainville », les marins vont donc naviguer entre les différents territoires appartenant à la France pour les ravitailler. Cette activité prendra fin au port de Diégo Suarez en 1942, où ils sont coulés et fait prisonnier par les Anglais, après de durs combats. Interné en Angleterre, l’animosité des Français est croissante contre ses « Alliés », qui les traitent moins bien que les prisonniers Italiens, qu’ils considèrent eux, comme leurs ennemis. Transféré en Afrique du Nord, Le Capitaine de Corvette Maggiar, prend en main le groupe pour reprendre le combat. Il obtient des autorités de créer un bataillon de Fusilier marins, chose faite un mois et demi plus tard.

Le Bougainville

Le bataillon Bizerte

L’unité  est formée et équipée en un temps record. Elle obtient de vieux armements français, mais pour le moment les marins s’en contentent. Les premiers combats ne vont pas tarder à venir pour le petit groupe de plus de 500 hommes. Ils sont incorporés à l’Armée d’Afrique et participent à la prise du port de Bizerte, clé de l’organisation du débarquement en Méditerranée. L’unité va rester sur ces positions pendant un long moment, trop long pour ces hommes.
La persévérance étant un atout de Maggiar, cherche à obtenir des autorités françaises que son unité quitte Bizerte et rembarque dans des bateaux. Or, ce n’est pas les bateaux que les FFL ont en quantités, mais des chars. Le Général Juin leur offre la possibilité de créer une unité de chasseur de char qu’il met sur pied. Voilà l’occasion de reprendre le combat, et Maggiar n’hésite pas, il accepte. Un char est un petit bateau, le fonctionnement et l’esprit est le même; les marins le prouveront au combat.

Le Capitaine de Corvette Maggiar après avoir été blessé à l'oeil droit à Paris

Les marins sur les chars

Le 19 septembre 1943, l’unité est officiellement créée et prend le nom de Régiment Blindé de Fusiliers Marins. Pour le moment sans affectation particulière, la petite équipe se déplace plusieurs fois pour finir à Berkane, dans le camp du 11ème RCA. C’est ici qu’ils vont faire connaissance avec leurs compagnons de combat: le Tank Destroyer M10!! Après une courte formation où les marins se montrent de très redoutables tireurs, les tireurs des chars étant d’anciens canonniers de marine, l’unité perçoit ses propres chars. Déception, ils récupèrent les vieux chars sur lesquels ils se sont entrainés et laissent au 11ème RCA les TD tous neuf qui viennent d’arriver.
En vue des combats en France, le RBFM est transporté en Angleterre où, pour améliorer leur précision de tir, Maggiar obtient suffisamment de lunette de visée de marine pour équiper tous les chars. En Angleterre la formation se termine et il est temps de penser à une affectation.

Le général Leclerc discute avec Philippe de Gaulle, sous le regard de Capitaine de Frégate Maggiar

Des marins dans la 2ème DB de Leclerc

En Avril 1944, les autorités françaises intègrent le RBFM à la 2ème DB de Leclerc. Contrairement aux autres unités qui composent sa division, les marins lui sont imposés, et Leclerc ne tardera pas à le montrer. En effet lorsqu’il rencontre l’unité dans la campagne anglaise, Leclerc sera très froid avec eux: « Je ne vous ai pas demandés. Le Général de Gaulle vous a imposés à moi. Je suis bien obligé de vous prendre. Mais je sais qui vous êtes et ce que vous avez fait. Vous avez toujours défendus les intérêts de la Marine, mais pas de la France. Il faudra que vous changiez. Si vous ne le faites pas, si vous ne vous entendez pas avec les autres unités de la 2e D.B, je vous laisserai sur les quais dans les ports anglais. Vous ne débarquerez pas en France…. ». Pour accompagner ses paroles, il leur retire la fourragère obtenu par leurs anciens en 1918 à Dixmude. Il ne leur autorisera à la porter qu’après avoir fait leurs preuves au combat en France. Après ces amabilités, les marins rejoignent les unités de la DB et s’entrainent côte à côte. Ils attendront avec leurs camarades le 1er août pour monter sur un LST pour prendre la direction de la Normandie. Ils touchent le sol français dans la nuit du 2 au 3 août. Le périple de la 2ème DB commence, et les marins auront une place très importante dans celle-ci.

De la vexation à la reconnaissance

Les marins, vexés par les propos de leur chef en Angleterre, s’appliqueront à lui prouver leur valeur et leur combativité. Arrivé en France, ils ne tardent pas à mettre leur idée en pratique et se montrent de redoutables guerriers contre les chars et canons allemands. Dispersés dans les différents groupements de la division, contrairement aux souhaits de Maggiar qui a dû céder, les TD sont employés pour les « coups durs ». En effet on les emplois essentiellement pour détruire et réduire les points de résistances allemands. Durant cette période, riche en combat, les marins se font la main sur leurs chars et gagnent peu à peu la confiance de leurs camarades. A ce moment là, le régiment a l’honneur d’acceuillir dans son rang le fils du chef de la France Libre: Philippe de Gaulle.
La libération de Paris est pour eux, comme pour tous les soldats de la division, un moment riche en émotion. Arrivés par les différents itinéraires des groupements, les marins jouent encore un rôle important dans les combats. C’est dans la capitale que le TD « Le Simoun » accomplira un tir resté dans les annales. Il touche, de la place de l’Etoile, un char Panther situé place de la Concorde, soit une distance de 1800 mètres. C’est à Paris que le Capitaine de Frégate Maggiar est blessé à l’œil droit.

Un tank destroyer rue de Rivolyi

De Paris à l’Allemagne

Après Paris, la Deuxième Division Blindée est de nouveau sur les routes et les marins avec elle. Les combats se poursuivent sans relâche jusqu’à la Lorraine où le RBFM aura encore moyen de se distinguer. En effet à Dompaire aura lieu la plus grosse bataille de chars de la division de Leclerc. La 2ème DB remporte une victoire écrasante sur les forces de l’Axe avec cinquante-neuf chars et trente-cinq véhicules blindés détruits. Sept TD du quatrième escadron détruiront treize Panther. Avec Strasbourg, le RBFM totalisera quarante-sept chars allemands mis hors de combat! C’est un des plus beau palmarès de la division, grâce notamment au char « Siroco » et son pointeur le Quartier Maitre Lecalonnec qui détruisit neuf Panthers allemands.
Les marins participent avec la division à la réduction de la poche de Royan et à la prise de Berchtesgaden. Durant les combats aux côtés des soldats du Régiment de Marche du Tchad ou du 11ème Régiment de Chasseur d’Afrique, les marins venant du Bougainville, vont trouver leur place sur les combats de la terre ferme jusqu’à exceller dans leur domaine. Ce comportement au combat ira jusqu’à leur apporter trois distinctions militaires.

Une scène de combat à Paris

Une organisation précise de l’unité

Voici un aperçu des aventures des marins du RBFM à travers la France de Vichy, les océans, l’Angleterre, l’Afrique du Nord et la France libérée. L’organisation de cette unité fut évolutive mais a pour base: quatre escadrons composés chacun d’un peloton de commandement, et de trois pelotons de combat. Chaque peloton de combat étant composé de cinq jeeps, une automitrailleuse, un Dodge de ravitaillement et de quatre tanks destroyer. En plus de cela il y avait un escadron hors rang pour l’Etat-major, le service sanitaire et l’approvisionnement.
Un tank destroyer avait un équipage de cinq hommes: en tourelle: le chef de char, le chargeur et le tireur; en poste de conduite: le conducteur et le radio.

A suivre…

Sources:

http://www.rbfm-leclerc.com
Les fusiliers marins de Leclerc de l’Amiral Maggiar

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Les Rochambelles, des femmes dans la 2ème DB

Un groupe de femme au sein d’une unité blindée, de nos jours c’est courant; mais pendant la Deuxième Guerre Mondiale cela l’était beaucoup moins. En effet celles-ci étaient cantonnées à des rôles à l’arrière: personnel de bureau, infirmières… Le seul groupe de femme à avoir participé aux opérations Alliées sur le territoire français : le groupe Rochambeau. Un groupe de femme ambulancière au service de la 2ème Division Blindée de Leclerc.

Par Tayp’

Une création à la française

Les Français sont réputés pour leur « système D », et le groupe Rochambeau ne manquera pas à cette règle. En effet, l’histoire de la création de cette unité « militaire » commence en 1941 grâce à une  Américaine sexagénaire: Florence Conrad. Après avoir opéré pendant le premier conflit mondial et la défaite de 1940 en tant qu’infirmière, Madame Conrad cherche le moyen de participer aux opérations à venir. Elle récolte, par le biais de plusieurs associations de femmes américaines, assez d’argent pour acheter seize ambulances Dodge, modèle WC54; ceux utilisés par l’armée américaine et ses Alliés. Toujours aux Etats-Unis elle réunit autour d’elle un groupe de quinze jeunes filles, qui seront la base de du groupe appelé dès cet époque le groupe Rochambeau, en souvenir du compagnon de Lafayette. Parmi elles se trouvent Suzanne Massu, alias « Toto » qui prendra par la suite de Florence Conrad à la tête.

13eme Bataillon Médical


Transféré, par la ténacité de leur chef, en Afrique du Nord, le groupe se retrouve début septembre 1944 à Casablanca après un long voyage sur le « Pasteur ». Malheureusement personne ne les y attends; il va falloir encore se battre pour intégrer la division blindée créée par le Général Leclerc, dont elles avaient entendu parler de l’autre côté de l’Atlantique. Mais c’est chose faite fin septembre 1944!! Le Général intègre les filles à sa division blindée et les verse au 13ème Bataillon Médical. Cette intégration ne fut pas sans peine; le Général voulait tout d’abord prendre les ambulances, mais sans les femmes. Voilà le groupe Rochambeau à Rabat.

De gauche à droite Margueritte, Antoinette, Lucienne, Madeleine, Paule, Lucie et Michette

Des débuts difficiles

Le groupe Rochambeau intègre donc une unité composée pour le moment exclusivement d’homme qui, pour la plus part, ne pense pas que la place d’une femme soit en première ligne. A ce moment là les filles s’activent, elles doivent apprendre leur rôle d’infirmière, de soldat et de conductrice, ce qui n’est pas évident à cette époque là pour les jeunes femmes. De plus le groupe doit recruter pour pouvoir constituer un équipage de deux filles par véhicule. Toute l’Afrique du Nord est donc scrutée pour trouver la dizaine de filles qu’il manque. Pendant ce temps là les filles découvrent leurs futurs compagnons d’armes, et pour certains et certaines de vie (plusieurs Rochambelles se marieront avec des soldats de la DB), qui ne tardent pas à les surnommer les « Rochambelles ».

La mise sur pied de la Deuxième Division Blindé achevée, c’est le départ direction l’Angleterre. Les Rochambelles embarquent sur le Cap Town Castel, direction Cottingham où elles resteront trois mois. Durant cette période quelques filles rejoignent le groupe qui termine sa formation. Le 1er août, les 19 ambulances embarquent sur le LST Philipp Tomas qui les débarque à Utah Beach, sur la terre de France!!

Allemagne - Ambulance "Madeleine-Bastille II"

Le groupe en première ligne

Dès les premiers combats, les Rochambelles se montrent à la hauteur de la tâche qui leur incombe, et gagnent la confiance de leurs camarades et de Leclerc! Elles ont comme rôle d’évacuer les blessés dans la zone de combat, leur prodiguer les premiers soins et les transporter jusqu’au poste de triage/traitement le plus proche. Cette proximité avec le combat eu des répercussions dans le groupe. En effet, Micheline Garnier disparaît étrangement à Argentant en conduisant un blessé au poste de triage; une autre, Polly Lange, fut très gravement blessé par un bombardement. Il y eu aussi de la casse matériel, mais dans une organisation comme la 2ème DB, le problème est vite résolu. La petite équipe va donc suivre les traces de l’unité d’ Utah Beach à Paris, en passant par Alençon, en faisant du mieux qu’elles peuvent.


L’entrée dans Paris, fut pour elles aussi un moment inoubliable. Mais malheureusement, contrairement à leurs camarades, l’arrivée dans cette ville n’était pas synonyme uniquement de joie. En effet Leclerc, au Maroc, les avait « engagées » que jusqu’à Paris!! Mais leurs efforts depuis la Normandie vont avoir droit sur le Général qui décide de les garder jusqu’à la fin des combats. Ce n’est qu’après cette annonce que les filles peuvent profiter de la libération de Paris!

Ambulance "Cornebiche"


Direction Strasbourg…

Et voilà les Rochambelles reparties sur les routes de France. Cette fois-ci l’objectif n’est plus Paris, mais Strasbourg, la capital Alsacienne qui est à la base du Serment de Kouffra: « Jurez de ne poser les armes que lorsq,ue nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Le groupe laisse à Paris Florence Conrad, qui va s’occuper du Val de Grâce, et engage quelques nouvelles filles. C’est donc « Toto » qui prend en main l’unité.

…Puis Berchtesgaden

Après Strasbourg, les filles de la DB continuent leur route jusqu’à Berchtesgaden où elles entrent Nid d’Aigle. C’est là que le groupe perd Leonora Lindsay, tuée par un Sniper. Les ambulances ne servent plus à transporter des blessés, mais à transporter quelques souvenirs que l’unité trouve sur place, notamment une très belle réserve de bouteilles, que Toto prend en charge dans son ambulance. Les hostilités s’achèvent quelques kilomètres après Berchtesgaden. L’armistice signifie la fin de la guerre, mais aussi la fin de cette aventure. Les filles sont donc partagées entre joie et tristesse. Cette tristesse va vite être atténuée par le message de Leclerc demandant des volontaires pour le corps expéditionnaire partant pour l’Indochine!!

Au parc de Bagatelle De la droite vers la gauche : Suzanne Torrès, Rosette Peschaud, Lucie Louet

Des femmes soldat

Ces soldats vont rester très femmes sous leurs uniformes. Tout le long des combats elles restent très coquètes et les ambulances se transforment dès qu’elles le peuvent en salon de coiffure! Les uniformes, dès leur réception, sont retouchés pour avoir une meilleure coupe. Toute cette coquetterie n’est pas exagérée, mais justement bien dosée; elles restent soldat et le savent! Trop de féminité leur attirerait certes les yeux des hommes, mais pas la reconnaissance des soldats. En effet, après leur arrivée à Rabat, les filles qui pour la première fois prirent une douche en tant que soldat, attirèrent plusieurs paires d’yeux baladeurs qui sèment la panique chez les filles. Florence Conrad veillera à ce que ça ne se reproduise pas!

L’insigne des ambulancières représente sur un fond bleu un Dodge WC54 sous les bombardements accompagné d’un drapeau français et d’une croix rouge. On remarque nettement la croix de lorraine qui coupe en deux le nom « ROCHAMBEAU » en bas.

A suivre…

Sources:

–  http://www.marinettes-et-rochambelles.com/
–  Quand j’étais Rochambelle
de Suzanne Massu