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Histoire de la Hongrie contemporaine

Histoire contemporaine hongroise, de 1919 à 1945

 

Par P.Grasser

 

I. Genèse d’un état-nation ;

De l’Asie mineure aux bords du Danube

L’histoire du peuple hongrois débute avec la migration de peuplades eurasiatiques. Partis d’Oural, ils se sédentarisent sur les bords du Danube au XIe siècle de notre ère, après le coup d’arrêt de la bataille de Lechfeld en 955. L’institutionnalisation d’un royaume hongrois intervient peu après, en l’an 1001, sous l’égide du roi Saint Étienne et avec le soutien du Saint-Empire romain germanique. S’en est suivi quelques siècles de fortunes diverses, entre exploitation de l’or et invasions ottomanes mettant à sac la région entière. Libérée des Ottomans par les forces de l’empire, la Hongrie meurtrie par deux siècles de guerres ininterrompues allait maintenant connaître une période de calme très relatif. Les différents souverains Habsbourg qui se succèdent vont placer le Royaume de Hongrie dans une situation politique très proche de celle de l’Autriche. Afin de renforcer la puissance de son empire affaibli par la bataille de Sadowa, l’empereur d’Autriche François-Joseph, qui est également roi de Hongrie, décide de rassembler les deux entités en une le 30 mars 1867.

Ci-dessous, ce tableau de 1860, que l’on doit à Michael Echter, nous présente ce qui fut par la bataille de Lechfeld de 955 .Cet événement, défaite si l’en est pour les Magyares, va permettre à ces derniers de se sédentariser définitivement dans la région du Danube.

Naissance de l’Empire austro-hongrois

Ainsi naquit l’Empire austro-hongrois, évènement qui fut modérément apprécié du côté magyare. Le peuple hongrois est en effet devenu une vraie nation, aux traditions, langues et souvenirs qui la distinguent des peuplades voisines, à l’instar des populations latines de Roumanie, slaves pour la Bohème et germaniques pour l’Autriche. Conscients de cette unicité, de la richesse de leurs cultures, les Hongrois vont dès lors débuter ce qui va devenir une véritable lutte pour leurs indépendance culturelle, ainsi qu’en témoigne la création de la « Société centrale pour la Magyarisation des noms ». Le 20 mai 1882 l’empereur François-Joseph Ier lie politiquement l’empire austro-hongrois avec l’Italie et l’Allemagne par la création de la « Triple-alliance« . Le peuple hongrois ne se trouve donc plus seulement lié à l’Autriche, mais aussi à l’Italie et à l’ambitieuse Allemagne .

II. 1914-1918 ,une Hongrie dans le camps des vaincus.

Une entrée en guerre précipitée .

En 1914, la Hongrie est alors un grand et moderne état d’Europe centrale, peuplé de 21 millions d’habitants répartis sur un territoire de 325 000 Km² .
L’état d’esprit des habitants de Hongrie n’est pas alors à proprement parler belliciste. Cependant, force est de noter que la récente « Paix de Bucarest » n’était pas sans inquiéter les habitants de la Transylvanie hongroise, désormais confrontés à une menace Roumaine particulièrement oppressante.
Lorsqu’est assassiné l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand, le 28 juin 1914, la Hongrie va assister au dramatique « engrenage des alliances ». Le 1er ministre Tisza se révèle un pacifiste de premier ordre, cherchant a apaiser au possible les velléités de vengeance de François Joseph à l’égard des Serbes. Il est cependant sommé de s’effacer le 12 juillet 1914 .L’ultimatum qui est alors rendu à la Serbie le 13 juillet ne permet aucunement d’augurer une fin heureuse. Devant le rejet, prévisible, de l’ultimatum par la Serbie, l’Empire austro-hongrois lui déclare la guerre. Il s’ensuivra la déclaration de guerre de la Russie à l’Autriche-Hongrie, celle de l’Allemagne à la Russie et celle de la France et l’Angleterre à l’Allemagne.

Des victoires à la défaite .

L’armée hongroise, relativement bien équipée grâce à une industrie d’armement performante, réussit à tenir malgré les coups de butoirs de la Russie de Nicolas II. Les entrées en guerre de la Turquie en novembre 1914 et celle de la Bulgarie en octobre 1915, vont considérablement desserrer l’étau pesant sur la Hongrie. L’armée hongroise, disposée exclusivement sur le front oriental, devra faire face à l’armée d’une Roumanie qui rentre en guerre du côté de l’Entente, en août 1916. Mal ravitaillée, moins bien dotée en armement que ses voisins, l’armée roumaine concèdera alors de lourdes défaites. Vainqueur sur le front, le régime hongrois connaissait cependant nombre de difficultés sur le plan de la politique interne. Avec la création par Mihaly Karoli d’un parti de l’indépendance, en 1916, la contestation prit une tournure institutionnelle. La mort de François Joseph la même année, la révolution soviétique et la propagations des idéaux socialistes qu’elle engendra, ainsi que l’entrée en guerre des États-Unis, en 1917, marquent autant de revers pour la politique impériale de l’Autriche-Hongrie.
Avec la rentrée des prisonniers de guerre -souvent politisés- de Russie, la révolte sociale se met à gronder, avec comme concrétisation une grève de trois jours en janvier 1918 ,suivit par prés de 500 000 ouvriers. Ces mouvements ont avoir d’importantes conséquences sur l’effort de guerre et forcent le nouveau président du conseil, Wekerle, a annoncer nombre de mesures sociales exceptionnelles qu’il ne pourra exécuter, du fait des pressions impériales .

 

III-L’année 1918, de l’indépendance à la république.

La désagrégation d’un empire.

Confronté d’une part à l’effondrement du front, la Bulgarie et la Turquie capitulant en septembre 1918, l’empereur Charles 1er doit aussi faire face à la désagrégation de son empire, puisque le 28 octobre, les conseil nationaux tchèques et slovaques annoncent la création d’un état tchécoslovaque, suivit le 29 par la Croatie et le 31 par les Autrichiens de Galicie. En Hongrie, le 1er ministre Wekerle est quand à lui forcé de démissionner face à la fronde de Mihály Károlyi, ce dernier créant un conseil national le 25 octobre 1918.
Le 28 octobre, la police dut faire feu sur la foule, alors que celle ci tentait de prendre d’assaut le Château royal. Sourd de ces revendications et des souffrances du peuple hongrois, le roi préféra alors choisir le Compte Jànos Hadik comme chef du nouveau gouvernement.
Cette mesure ne fut d’aucun effet, l’empire austro-hongrois avait maintenant vécu, l’armée hongroise rejoignant massivement le conseil national.

 

Cette célèbre affiche de 1918 figure l’enterrement de l’aigle impérial Autrichien par le citoyen hongrois, tout un symbole .

 

 

Vie et mort d’une éphémère république

Suite à la démission du cabinet de Hadik, Mihály Károlyi fut chargé par le roi de composer un nouveau cabinet, le 31 octobre. Le nouveau gouvernement allait être composé de forces de centre gauche, avec le parti Károlyi, le parti social-démocrate et enfin le parti radical. Alors que l’Autriche-Hongrie signe l’armistice à Padoue, le 3 novembre, et que la république hongroise est proclamée le 16, l’Entente poursuit sa progression dans les Balkans. Mihály Károlyi prit alors contact avec le général français Franchet D’Esperey, commandant le corps expéditionnaire de l’entente. Celui ci, visiblement peu favorable aux hongrois,  refusa de reconnaître les frontières hongroises définies à Padoue, et autorisa les Roumains comme les Tchécoslovaque à pénétrer plus avant dans le territoire hongrois. Cette déconvenue s’ajouta à la montée du chômage – 1 200 000 chômeurs en novembre – dû au retour des soldats et à l’arrêt des usines d’armements et d’automobiles. Le gouvernement d’union commença alors a vaciller, le ministre de la guerre, Albert Bartha, démissionnant au cours du mois.

 

Cette affiche, certes très favorable à Károlyi, revêt un certain réalisme quand à la popularité et l’assise de ce dernier ,très en phase avec sa population.

C’est dans ce contexte d’incertitudes et de misère que naquit un mouvement d’opposition qui ne grandira sans cesse, le parti des communistes de Hongrie, dirigé par Bela Kun, ancien prisonnier des camps russes. L’idéal de ce mouvement était de déposer l’actuel gouvernement, qualifié de bourgeois-démocratique, afin que la révolution prolétarienne puisse désormais se faire.
La chute du cabinet de  Mihály Károlyi fut dés lors consacrée lorsque, le 20 mars, le lieutenant colonel Vix – délégué français de l’entente – vint remettre une note prévoyant de céder prés d’un quart du pays afin de soit-disant garantir la sécurité de la Hongrie. Si les motifs de cette disposition  restent encore aujourd’hui fort troubles, leurs conséquences fut de faire démissionner le gouvernement de Károlyi.

IV-La République des conseils .

  Institutionnalisation d’un régime révolutionnaire.

 

Le 21 mars se constitue le nouveau gouvernement hongrois, nommé « Conseil de gouvernement révolutionnaire ». Ce conseil est alors théoriquement dirigé par Sandor Garbai, même si, en pratique, c’est Bela Kun qui possède la primauté quasi complète du pouvoir exécutif. Le régime institué abandonne toute idée de coopération d’avec l’Entente et privilégie l’alliance avec la Russie Bolchévique de Lénine. L’arrivée de ce nouveau régime entraîne une réforme judiciaire avec l’apparition de tribunaux révolutionnaires d’exceptions à l’impartialité douteuse. Parallèlement à cette mesure, l’économie est elle aussi réformée avec la nationalisation de l’ensemble des firmes de plus de 20 salariés. Enfin la liberté de culte fut grandement entravée, les biens des différentes églises saisis, les lieux de cultes réquisitionnés. A ces mesures drastiques s’ajoutent celles concernant directement la vie de certaines branches de la population. Les paysans, qualifiés de bourgeois allaient être fréquemment assassinés, pendant que toute l’ancienne élite du pays, pourtant parfois proche des idéaux socialistes, se vit sévèrement opprimée par le communiste. Ces exactions n’allaient pas être sans conséquences sur la société hongroise tout entière, puisque celle ci se retrouve bien rapidement à cours de vivre. Il s’ensuivit une famine qui eu raison de milliers de Hongrois déjà affaiblis par les années de disettes entraînées par la guerre.

 

L’alliance anti-conseil

Devant les nouvelle de ces exactions, s’érigea à Vienne un comité anti-conseil. Ce comité, dirigé par l’amiral de la flotte austro-hongroise Miklos Horthy, organisa une coalition avec la Roumanie, en bénéficiant du soutien financier de l’entente. Cette coalition prit d’assaut la Hongrie le 1er mai, pendant que les troupes de l’entente pénétraient, elles, en Russie. Subissant de nombreuses défaites face a une armée roumaine bien équipée, les bataillons de Bela Kun furent contraints à un repli précipité. Il s’ensuivit des mesures d’urgences, telles la saisie des vivres au profit de l’armée, qui ne firent qu’aggraver la situation du peuple hongrois.
Des pourparlers avaient alors discrètement lieux à Vienne, entre d’une part des plénipotentiaires de Bela Kun, et d’autres part les responsables de l’entente. De ces discussions n’émergèrent aucun accord, la lutte devant continuer jusqu’à la chute du régime des conseil. Refusant toute idée de démission ,Bela Kun força tout d’abord son entourage a continuer la lutte. Le 31 juillet cependant, alors que les roumains n’étaient qu’à 100 km de Budapest, le conseil du directoire démissionna du fait de la situation désespérée. Bela Kun, perdant ainsi tout soutien, faisant de même le 1er août.

 

Nous avons abordé l’histoire des forces hongroises et la bataille du Don sur le forum, vous pourrez lire le contenu en copiant ce lien :

http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/le-front-de-l-est-f26/2e-armee-hongroise-sur-le-don-t9829.htm