Les Rochambelles, des femmes dans la 2ème DB

Un groupe de femme au sein d’une unité blindée, de nos jours c’est courant; mais pendant la Deuxième Guerre Mondiale cela l’était beaucoup moins. En effet celles-ci étaient cantonnées à des rôles à l’arrière: personnel de bureau, infirmières… Le seul groupe de femme à avoir participé aux opérations Alliées sur le territoire français : le groupe Rochambeau. Un groupe de femme ambulancière au service de la 2ème Division Blindée de Leclerc.

Par Tayp’

Une création à la française

Les Français sont réputés pour leur « système D », et le groupe Rochambeau ne manquera pas à cette règle. En effet, l’histoire de la création de cette unité « militaire » commence en 1941 grâce à une  Américaine sexagénaire: Florence Conrad. Après avoir opéré pendant le premier conflit mondial et la défaite de 1940 en tant qu’infirmière, Madame Conrad cherche le moyen de participer aux opérations à venir. Elle récolte, par le biais de plusieurs associations de femmes américaines, assez d’argent pour acheter seize ambulances Dodge, modèle WC54; ceux utilisés par l’armée américaine et ses Alliés. Toujours aux Etats-Unis elle réunit autour d’elle un groupe de quinze jeunes filles, qui seront la base de du groupe appelé dès cet époque le groupe Rochambeau, en souvenir du compagnon de Lafayette. Parmi elles se trouvent Suzanne Massu, alias « Toto » qui prendra par la suite de Florence Conrad à la tête.

13eme Bataillon Médical


Transféré, par la ténacité de leur chef, en Afrique du Nord, le groupe se retrouve début septembre 1944 à Casablanca après un long voyage sur le « Pasteur ». Malheureusement personne ne les y attends; il va falloir encore se battre pour intégrer la division blindée créée par le Général Leclerc, dont elles avaient entendu parler de l’autre côté de l’Atlantique. Mais c’est chose faite fin septembre 1944!! Le Général intègre les filles à sa division blindée et les verse au 13ème Bataillon Médical. Cette intégration ne fut pas sans peine; le Général voulait tout d’abord prendre les ambulances, mais sans les femmes. Voilà le groupe Rochambeau à Rabat.

De gauche à droite Margueritte, Antoinette, Lucienne, Madeleine, Paule, Lucie et Michette

Des débuts difficiles

Le groupe Rochambeau intègre donc une unité composée pour le moment exclusivement d’homme qui, pour la plus part, ne pense pas que la place d’une femme soit en première ligne. A ce moment là les filles s’activent, elles doivent apprendre leur rôle d’infirmière, de soldat et de conductrice, ce qui n’est pas évident à cette époque là pour les jeunes femmes. De plus le groupe doit recruter pour pouvoir constituer un équipage de deux filles par véhicule. Toute l’Afrique du Nord est donc scrutée pour trouver la dizaine de filles qu’il manque. Pendant ce temps là les filles découvrent leurs futurs compagnons d’armes, et pour certains et certaines de vie (plusieurs Rochambelles se marieront avec des soldats de la DB), qui ne tardent pas à les surnommer les « Rochambelles ».

La mise sur pied de la Deuxième Division Blindé achevée, c’est le départ direction l’Angleterre. Les Rochambelles embarquent sur le Cap Town Castel, direction Cottingham où elles resteront trois mois. Durant cette période quelques filles rejoignent le groupe qui termine sa formation. Le 1er août, les 19 ambulances embarquent sur le LST Philipp Tomas qui les débarque à Utah Beach, sur la terre de France!!

Allemagne - Ambulance "Madeleine-Bastille II"

Le groupe en première ligne

Dès les premiers combats, les Rochambelles se montrent à la hauteur de la tâche qui leur incombe, et gagnent la confiance de leurs camarades et de Leclerc! Elles ont comme rôle d’évacuer les blessés dans la zone de combat, leur prodiguer les premiers soins et les transporter jusqu’au poste de triage/traitement le plus proche. Cette proximité avec le combat eu des répercussions dans le groupe. En effet, Micheline Garnier disparaît étrangement à Argentant en conduisant un blessé au poste de triage; une autre, Polly Lange, fut très gravement blessé par un bombardement. Il y eu aussi de la casse matériel, mais dans une organisation comme la 2ème DB, le problème est vite résolu. La petite équipe va donc suivre les traces de l’unité d’ Utah Beach à Paris, en passant par Alençon, en faisant du mieux qu’elles peuvent.


L’entrée dans Paris, fut pour elles aussi un moment inoubliable. Mais malheureusement, contrairement à leurs camarades, l’arrivée dans cette ville n’était pas synonyme uniquement de joie. En effet Leclerc, au Maroc, les avait « engagées » que jusqu’à Paris!! Mais leurs efforts depuis la Normandie vont avoir droit sur le Général qui décide de les garder jusqu’à la fin des combats. Ce n’est qu’après cette annonce que les filles peuvent profiter de la libération de Paris!

Ambulance "Cornebiche"


Direction Strasbourg…

Et voilà les Rochambelles reparties sur les routes de France. Cette fois-ci l’objectif n’est plus Paris, mais Strasbourg, la capital Alsacienne qui est à la base du Serment de Kouffra: « Jurez de ne poser les armes que lorsq,ue nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Le groupe laisse à Paris Florence Conrad, qui va s’occuper du Val de Grâce, et engage quelques nouvelles filles. C’est donc « Toto » qui prend en main l’unité.

…Puis Berchtesgaden

Après Strasbourg, les filles de la DB continuent leur route jusqu’à Berchtesgaden où elles entrent Nid d’Aigle. C’est là que le groupe perd Leonora Lindsay, tuée par un Sniper. Les ambulances ne servent plus à transporter des blessés, mais à transporter quelques souvenirs que l’unité trouve sur place, notamment une très belle réserve de bouteilles, que Toto prend en charge dans son ambulance. Les hostilités s’achèvent quelques kilomètres après Berchtesgaden. L’armistice signifie la fin de la guerre, mais aussi la fin de cette aventure. Les filles sont donc partagées entre joie et tristesse. Cette tristesse va vite être atténuée par le message de Leclerc demandant des volontaires pour le corps expéditionnaire partant pour l’Indochine!!

Au parc de Bagatelle De la droite vers la gauche : Suzanne Torrès, Rosette Peschaud, Lucie Louet

Des femmes soldat

Ces soldats vont rester très femmes sous leurs uniformes. Tout le long des combats elles restent très coquètes et les ambulances se transforment dès qu’elles le peuvent en salon de coiffure! Les uniformes, dès leur réception, sont retouchés pour avoir une meilleure coupe. Toute cette coquetterie n’est pas exagérée, mais justement bien dosée; elles restent soldat et le savent! Trop de féminité leur attirerait certes les yeux des hommes, mais pas la reconnaissance des soldats. En effet, après leur arrivée à Rabat, les filles qui pour la première fois prirent une douche en tant que soldat, attirèrent plusieurs paires d’yeux baladeurs qui sèment la panique chez les filles. Florence Conrad veillera à ce que ça ne se reproduise pas!

L’insigne des ambulancières représente sur un fond bleu un Dodge WC54 sous les bombardements accompagné d’un drapeau français et d’une croix rouge. On remarque nettement la croix de lorraine qui coupe en deux le nom « ROCHAMBEAU » en bas.

A suivre…

Sources:

–  http://www.marinettes-et-rochambelles.com/
–  Quand j’étais Rochambelle
de Suzanne Massu


Histoire de la Symphonie numéro 7, dite « Leningrad », de Dmitri Chostakovitch (3)

Par Ming

La Pravda juge très durement l’opéra

Staline quitta sa loge avant même que l’opéra ne soit terminé. Le lendemain, la Pravda fit état de la représentation en des termes extrêmement menaçants. On y décrivait l’œuvre comme faisant preuve d’un « chaos, d’un flot de sons discordants et incongrus ». Chostakovitch était quant à lui directement visé. L’article précisait « un jeu qui pourrait mal finir ». Le compositeur devait déclarer dans ses mémoires, publiées post-mortem aux États-Unis, qu’il avait toujours été persuadé que l’article avait été rédigé de la main de Staline lui-même, en raison de certaines tournures de phrases. Ce n’était pas seulement Chostakovitch -bien qu’il fut la principale personne visée- qui était victime de cette diatribe mais également les gens ayant participé à la représentation de l’œuvre.

Autrement dit, les auteurs encourraient une arrestation arbitraire, synonyme de mort. Un deuxième article de la Pravda visa une nouvelle fois le compositeur, qui fut clairement déclaré comme étant un ennemi du peuple. La campagne de presse visant à le condamner avait commencé. Il espéra alors trouver un soutien voire un refuge chez un de ses meilleurs amis, qui n’était autre que le maréchal Toukhatchevski.

Les cinq premiers maréchaux de l'URSS en 1936. Sur les cinq présents, seuls deux ont survécu à la terreur et aux purges, le n°1 (Semyon Boudienny, mort en 1973) et le n°4 (Kliment Vorochilov, mort en 1969). Vassili Blücher (n°2) fut assassiné à la prison de la Lefortovo (du Nkvd) en 1938, Mikhail Toukhatchevski (n°3) fut fusillé en 1937 et Alexandre Egorov (n°5) fut également fusillé en 1939.

La terreur s’abat sur le pays

Ce dernier appréciait la musique de Chostakovitch, aimait discuter avec lui d’art en général et visiter des monuments historiques tels que le Palais d’hiver. Mais Chostakovitch ne savait pas que les jours du maréchal, qui était alors le plus grand héros de l’armée rouge -il avait été nommé à des fonctions importantes aux côtés de Trotsky par Lénine lui-même-, étaient comptés. Staline, avec le concours des nazis, liquida Toukhatchevski sur base de fausses accusations d’espionnage. Chostakovitch vit pour sa part de nombreuses personnes disparaître, des connaissances comme des amis. En dehors de Toukhatchevski, ce fut également Vsevolod Meyerhold, un dramaturge et metteur en scène Russe dont les origines sont allemandes de la Volga (1, voir note de bas de page), qui fut arrêté. Meyerhold avait eu tort de vouloir s’attirer les faveurs de Zinoviev et Trotsky, ce qui lui fut fatal. Sa femme ne lui survécut que peu de temps, car elle fut assassinée de dix-sept coups de poignard par une équipe du Nkvd, afin que Beria puisse récupérer l’appartement pour y loger une de ses nombreuses maîtresses. En fait, à cette époque, personne ne put se prémunir d’une arrestation et/ou d’une exécution, à l’exception de Staline lui-même. Car même les membres de la famille de Staline furent touchés par les assassinats. Aucun corps de métier, aucune fonction y compris au sein de l’administration -même le Nkvd- ne fut épargné par les purges et la terreur.

On reconnait sur cette photo Chostakovitch (alors jeune) avec à sa gauche Vsevolod Meyerhold. Chostakovitch habita un temps chez Meyerhold, dont le train de vie était par ailleurs aux antipodes de celui du Russe moyen, démuni de tout et affamé.

Chostakovitch traversa cette période en passant quantité de nuits blanches. Perpétuellement angoissé à l’idée d’être arrêté par le Nkvd, il avait toujours à portée de main une valise contenant le strict nécessaire pour fuir ou pour pouvoir changer de vêtements et se laver au cas ou il eut été emprisonné. Mais le compositeur différait de ses collègues de part un trait de caractère typiquement russe.

Une satire du régime au travers de ses œuvres

En analysant d’une manière globale l’ensemble de son œuvre, on y retrouve régulièrement une sorte de satire humaniste de son époque, ou il dénonce de manière artistique ce qui lui semble être inacceptable ou tout au moins sujet à la critique, à la reconsidération ou à la protection, la sauvegarde des vies humaines voir de la pensée. Si l’on excepte Lady Macbeth du district de Mtsenk, la deuxième œuvre qui illustre le plus brillamment cette forme de parodie est le ballet intitulé le Clair Ruisseau. Sa situation personnelle se compliqua d’autant plus à partir du moment ou il en fit une représentation.

Le balais « Le Clair Ruisseau » présente des mouvements de danse à la fois d’un classicisme absolu et comiques. L’intrigue réside autour de la visite d’une troupe de danseurs dans une ferme collective, ou se tient une réconciliation à la suite d’une dispute, tout autour de concombres russes -hasard totalement involontaire de ma part- et autres nourritures à foison. Il y a lieu de penser que les pas de danse comiques et la rencontre entre les danseurs et les « travailleurs d’état de la ferme numéro un de l’URSS » -laquelle était alors utilisée comme support de différents films de propagande- furent les principales causes de la nouvelle rage de Staline envers Chostakovitch. Désormais considéré comme « ennemi public », le compositeur se tint dès lors prêt à être arrêté par le Nkvd.

Le Clair Ruisseau fait classer Chostakovitch en tant qu’ « ennemi du peuple »

Le clair ruisseau était également le nom de la ferme d’état modèle, où étaient tournées les actualités cinématographiques montrant des records de production de blé alors qu’à l’époque, suite à une politique économique désastreuse, les récoltes étaient particulièrement mauvaises et la famine existait encore. Ce procédé classique de propagande -le mot « communication » n’était alors pas encore employé !- excédait le compositeur. Le ballet de Chostakovitch était ainsi à la base une satire aigre-douce qui visait directement aussi bien Staline que Jdanov -partisan de la vision artistique du « réalisme socialiste », une doctrine artistique soumise au parti communiste soviétique qui fit écraser par Jdanov tout autre courant artistique ou tout artiste aux vues non conformes à son dictat et celui de Staline-. Krouchtchev figurait également dans le lot des hommes politiques intégrés à cette satire, bien qu’il n’était pas encore en charge des questions agricoles mais alors responsable de la grande terreur dans le grenier à blé de l’URSS, l’Ukraine.

Staline et Jdanov. Jdanov eut la mainmise sur les artistes et courants artistiques en URSS et brisa plus d'une carrière sur simple considération personnelle ou ordre de Staline. Tout ce qui n'était pas conforme à la doctrine du "réalisme socialiste" ne méritait pas d'exister ou d'être mentionné. Certains expatriés, tels Igor Stravinsky, en souffrirent longtemps.

(1) Les Allemands de la Volga sont une ethnie qui vint s’établir sur les bords de la Volga dans la région de Saratov en 1763, sur invitation de l’impératrice Catherine II de Russie. Ils ne s’intégrèrent jamais réellement à la population russe et furent parmi les différents groupes de populations à souffrir de l’invasion allemande en juin 1941, non pas à cause des nazis mais de Staline, qui craignait qu’ils ne rejoignent les rangs de la Wehrmacht ou qu’ils ne viennent à servir d’auxiliaires pour le bénéfice des troupes d’Hitler. En août 1941, la très grande majorité d’entre eux fut déportée dans différents goulags, tout comme les Tchétchènes, les Tatars et les Polonais de Russie l’avaient été ou le furent par la suite. Bien peu survécurent aux traitements inhumains qu’on leur infligea.

Histoire de la Symphonie numéro 7, dite « Leningrad », de Dmitri Chostakovitch (2)

Par Ming.

Symphonies…

Chostakovitch s’essaye à l’opéra après avoir réalisé sa Seconde Symphonie, sur commande du parti communiste, pour célébrer l’anniversaire de la révolution en 1927. Cette année-là, une année charnière, il se rend en Pologne à Varsovie -un des très rares voyages qu’il effectua durant sa vie- d’ou il revient diplômé du concours Chopin. Son opéra Le Nez est une inspiration libre voir libérée de la nouvelle de Nicolas Gogol qui figure dans le recueil « Nouvelles de Petersbourg« , avec une partition que l’on peut qualifier d’avant-gardiste. C’est une fois de plus le succès assuré. Il s’essaye également à la musique de film, compose sa Troisième Symphonie, compose deux ballets qui eurent nettement moins de succès que ses opéras, dont le Lady Macbeth du district de Mtsenk.

Un extrait de l’opéra Le Nez, lors de sa représentation à Tokyo. Si le succès est assuré à l’époque, l’œuvre est mal vue par le parti communiste soviétique, mais cet opéra n’amène pas encore d’ennuis à Chostakovitch. Le Nez est simplement retiré du catalogue des représentations du théâtre Maryinski sur ordre de Sergei Kirov, communiste à la tête de Leningrad.

…Puis opéra…

Pour Chostakovitch, c’est à partir de cette œuvre que les ennuis vont commencer. Cet opéra se voulait à la base une trilogie sur le sort de la femme russe au gré de différentes époques. S’il devait être un hymne à la femme soviétique, l’ajout d’une intrigue bouleverse l’œuvre. L’origine de cet opéra repose sur un fait divers, une femme avait alors assassiné de manière particulièrement crapuleuse son beau-père afin d’obtenir l’héritage qu’il lui destinait. Figuraient, afin de compliquer quelque peu l’intrigue, différents autres personnages, dont l’amant de l’héroïne, ainsi que son jeune neveu, Fiodor.

En pleine période de terreur

Les représentations à l’étranger que connurent cet opéra furent à chaque fois saluées par de longues séances d’applaudissements, mais il en fut tout autrement lorsque Staline vint assister à la représentation qui se tint à Moscou en janvier 1936. C’était alors la période des purges qui avait débuté avec l’assassinat de Sergueï Kirov, chef du parti de Leningrad, en décembre 1934. Au travers de cet opéra, il aurait été particulièrement dur de ne pas discerner l’allusion -volontaire- aux assassinats et exécutions entreprises par Staline sous le couvert du Nkvd. Kirov, qui était devenu extrêmement populaire, représentait pour Staline une menace en termes de pouvoir, dépassé le fait que Kirov avait critiqué la mainmise du secrétaire général du parti sur la police politique. Kirov fut ainsi le premier d’une très longue liste de hauts dignitaires du parti communiste soviétique à finir assassiné.

Kirov, grand chef du parti communiste de Leningrad, dont l'assassinat fut à l'origine du déclenchement de la grande terreur. Staline voyait en lui un concurrent. Croisement singulier avec cette histoire, le théâtre Maryinski de Leningrad fut rebaptisé opéra Kirov après sa mort.

Sergei Kirov, révolutionnaire bolchevik et homme politique à la tête de Leningrad, qui représenta une menace pour Staline. Son assassinat sonna le début de la période de la grande terreur. Croisement singulier avec cette histoire, le théâtre Maryinski de Leningrad fut ensuite rebaptisé opéra Kirov.

Ou Staline s’en mêle

Staline était paranoïaque, bien qu’aujourd’hui l’emploi de ce qualificatif vis-à-vis du petit père des peuples fasse l’objet d’âpres discussions. Il était en tous cas d’une rancune difficilement concevable, sa politique de répression et de mainmise suivait dans la droite ligne celle des tsars qui s’étaient succédés au pouvoir : Ivan IV dit le Terrible et Pierre premier, qui n’avaient pas hésité à tuer et faire exécuter quantité de leurs sujets. Chez Staline, cela prit des proportions inimaginables, au sens ou les morts se comptèrent en millions de personnes. Mais, aussi rancunier, paranoïaque ou sanguinaire qu’il fut, Staline était également  intelligent et d’une culture très supérieure à la moyenne. Aussi, lorsqu’il assista à la représentation moscovite de Lady Macbeth du district de Mtsenk, il ne fut pas long à comprendre la rapprochement entre le meurtre du beau-père de l’héroïne et celui de Kirov, voire même celui des très nombreux cadres du parti, les bolcheviks, c’est-à-dire ceux que l’on peut qualifier d’ancienne garde, fidèle à Lénine, par opposition aux stalinistes.

Un extrait de Lady Macbeth du district de Mtsenk, qui faillit coûter la vie au compositeur et qui déplut très fortement à Staline, qui y distingua une satire de la grande terreur et des purges alors en cours.

A SUIVRE…
Nous avons discuté sur le forum du siège de Leningrad, sujet que vous pourrez lire en copiant cette adresse :

http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/le-front-de-l-est-f26/leningrad-l-indompte-ou-les-900-jours-t7790.htm

Histoire de la Symphonie numéro 7, dite « Leningrad », de Dmitri Chostakovitch.

Leningrad fut l’une des villes qui souffrit le plus de l’occupation et du siège des troupes allemandes. Ancienne Saint-Petersbourg et ancienne Petrograd, la ville connut un siège qui dura 872 jours, soit trente mois, s’étalant du 8 septembre 1941 au 18 janvier 1944. Ce siège, conduit par 750 000 troupes des forces de l’axe, avec à leur tête les généraux von Leeb, von Küchler et Mannerheim, occasionna le décès d’environ un million de civils qui moururent de faim.

Par Ming

Une partie des civils morts de Leningrad

Nous avons longuement abordé le siège de la ville sur le forum : (http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/le-front-de-l-est-f26/leningrad-l-indompte-ou-les-900-jours-t7790.htm ).

Ce n’est pas exactement du siège de Leningrad dont je vais vous parler aujourd’hui mais de la Symphonie numéro 7 en ut majeur, opus 60, qui fut créée pendant le siège de la ville par Dmitri Chostakovitch.

Elle est aujourd’hui oubliée, bien que durant la seconde guerre mondiale, elle fut largement diffusée à l’est comme à l’ouest au point de devenir extrêmement populaire, puisqu’elle fut diffusée pendant la guerre plus d’une soixantaine de fois sur différentes radios et même sur le front.

La mauvaise réputation (Brassens)

Avant de parler de la symphonie en elle-même, il importe de s’attarder sur son compositeur, qui est un peu à part parmi la constellation de compositeurs russes. Chostakovitch a toujours eu une réputation plus ou moins sulfureuse, en raison de la période durant laquelle il composa plusieurs de ses œuvres majeures et de son apparente soumission au parti communiste soviétique. Né le 25 septembre 1906, il connut de ce fait la révolution, l’arrivée de Lénine à Saint-Petersbourg mais également l’accès de Staline au pouvoir et les évènements postérieurs qui en découlèrent. En vertu de son appartenance à une famille marquée par le passé révolutionnaire -son grand-père était fils d’un révolutionnaire polonais déporté en Sibérie pour avoir été impliqué dans la tentative d’assassinat du tsar Alexandre II en 1866- on pourrait croire que Chostakovitch fut un musicien adhérant très largement aux thèses communistes. S’il est plus ou moins vrai qu’il considéra l’arrivée de Lénine au pouvoir comme un soulagement pour les plus pauvres des Russes, il n’adhéra jamais en revanche au stalinisme.

Le jeune Dmitri Chostakovitch, à l'époque ou il était au conservatoire.

Un pianiste doué, très doué

Chostakovitch étudia le piano avec sa mère lorsqu’il était enfant et se révéla très tôt exceptionnellement doué pour la musique, à tel point qu’à l’âge de 13 ans il entra au conservatoire de Petrograd (Saint-Petersbourg) où il devint un des plus proches amis d’Alexandre Glazounov, directeur du conservatoire et ancien élève de Nikolaï Rimski-Korsakov -le compositeur qui forma entre autre Igor Stravinsky à l’orchestration-. Chostakovitch ne pense pas alors devenir compositeur mais plutôt interprète : à cette époque, il donne de nombreux concerts au gré desquels il joue les oeuvres de Schumann, Chopin, Beethoven ou encore Liszt et se révèle doué. En 1922, son père meurt d’une pneumonie, très probablement due au manque de médicaments mais également au manque de nourriture : « ces années-là furent les plus dures que j’ai connues, car nous n’avions rien, pas même de quoi nous chauffer au conservatoire où nous allions assister aux cours en manteau, bonnet et gants » devait-il déclarer dans ses mémoires.

Chostakovitch croqué par un de ses pairs.

Pianiste de cinéma par nécessité

Le jeune Chostakovitch n’a d’autre solution, pour assurer sa subsistance et celle de sa famille, que de devenir pianiste de cinéma, une expérience dont il gardera un très mauvais souvenir, son employeur s’avérant être aussi mauvais payeur que méprisant. En 1923, à la suite d’une rencontre avec une jeune demoiselle dont il tombe amoureux, il compose le Premier trio avec piano, puis, trois ans plus tard, se penche sur ce qui devint la Première Symphonie. Il n’a alors que vingt ans, et déjà l’œuvre se révèle être si mature qu’on lui assure célébrité et renommée internationales. Il faut dire que Chostakovitch est aussi bon dans le domaine de la composition que de l’orchestration, deux qualités qui feront de ses symphonies des œuvres majeures qui traverseront le temps.

Extrait de la Symphonie numéro 1, qui assura à Chostakovitch un succès immédiat. On est encore loin des airs martiaux de la Symphonie numéro 7 ou même de la Symphonie numéro 8, cette dernière étant faussement nommée « de Stalingrad ».

A SUIVRE…

Histoire de la Hongrie contemporaine

Histoire contemporaine hongroise, de 1919 à 1945

 

Par P.Grasser

 

I. Genèse d’un état-nation ;

De l’Asie mineure aux bords du Danube

L’histoire du peuple hongrois débute avec la migration de peuplades eurasiatiques. Partis d’Oural, ils se sédentarisent sur les bords du Danube au XIe siècle de notre ère, après le coup d’arrêt de la bataille de Lechfeld en 955. L’institutionnalisation d’un royaume hongrois intervient peu après, en l’an 1001, sous l’égide du roi Saint Étienne et avec le soutien du Saint-Empire romain germanique. S’en est suivi quelques siècles de fortunes diverses, entre exploitation de l’or et invasions ottomanes mettant à sac la région entière. Libérée des Ottomans par les forces de l’empire, la Hongrie meurtrie par deux siècles de guerres ininterrompues allait maintenant connaître une période de calme très relatif. Les différents souverains Habsbourg qui se succèdent vont placer le Royaume de Hongrie dans une situation politique très proche de celle de l’Autriche. Afin de renforcer la puissance de son empire affaibli par la bataille de Sadowa, l’empereur d’Autriche François-Joseph, qui est également roi de Hongrie, décide de rassembler les deux entités en une le 30 mars 1867.

Ci-dessous, ce tableau de 1860, que l’on doit à Michael Echter, nous présente ce qui fut par la bataille de Lechfeld de 955 .Cet événement, défaite si l’en est pour les Magyares, va permettre à ces derniers de se sédentariser définitivement dans la région du Danube.

Naissance de l’Empire austro-hongrois

Ainsi naquit l’Empire austro-hongrois, évènement qui fut modérément apprécié du côté magyare. Le peuple hongrois est en effet devenu une vraie nation, aux traditions, langues et souvenirs qui la distinguent des peuplades voisines, à l’instar des populations latines de Roumanie, slaves pour la Bohème et germaniques pour l’Autriche. Conscients de cette unicité, de la richesse de leurs cultures, les Hongrois vont dès lors débuter ce qui va devenir une véritable lutte pour leurs indépendance culturelle, ainsi qu’en témoigne la création de la « Société centrale pour la Magyarisation des noms ». Le 20 mai 1882 l’empereur François-Joseph Ier lie politiquement l’empire austro-hongrois avec l’Italie et l’Allemagne par la création de la « Triple-alliance« . Le peuple hongrois ne se trouve donc plus seulement lié à l’Autriche, mais aussi à l’Italie et à l’ambitieuse Allemagne .

II. 1914-1918 ,une Hongrie dans le camps des vaincus.

Une entrée en guerre précipitée .

En 1914, la Hongrie est alors un grand et moderne état d’Europe centrale, peuplé de 21 millions d’habitants répartis sur un territoire de 325 000 Km² .
L’état d’esprit des habitants de Hongrie n’est pas alors à proprement parler belliciste. Cependant, force est de noter que la récente « Paix de Bucarest » n’était pas sans inquiéter les habitants de la Transylvanie hongroise, désormais confrontés à une menace Roumaine particulièrement oppressante.
Lorsqu’est assassiné l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand, le 28 juin 1914, la Hongrie va assister au dramatique « engrenage des alliances ». Le 1er ministre Tisza se révèle un pacifiste de premier ordre, cherchant a apaiser au possible les velléités de vengeance de François Joseph à l’égard des Serbes. Il est cependant sommé de s’effacer le 12 juillet 1914 .L’ultimatum qui est alors rendu à la Serbie le 13 juillet ne permet aucunement d’augurer une fin heureuse. Devant le rejet, prévisible, de l’ultimatum par la Serbie, l’Empire austro-hongrois lui déclare la guerre. Il s’ensuivra la déclaration de guerre de la Russie à l’Autriche-Hongrie, celle de l’Allemagne à la Russie et celle de la France et l’Angleterre à l’Allemagne.

Des victoires à la défaite .

L’armée hongroise, relativement bien équipée grâce à une industrie d’armement performante, réussit à tenir malgré les coups de butoirs de la Russie de Nicolas II. Les entrées en guerre de la Turquie en novembre 1914 et celle de la Bulgarie en octobre 1915, vont considérablement desserrer l’étau pesant sur la Hongrie. L’armée hongroise, disposée exclusivement sur le front oriental, devra faire face à l’armée d’une Roumanie qui rentre en guerre du côté de l’Entente, en août 1916. Mal ravitaillée, moins bien dotée en armement que ses voisins, l’armée roumaine concèdera alors de lourdes défaites. Vainqueur sur le front, le régime hongrois connaissait cependant nombre de difficultés sur le plan de la politique interne. Avec la création par Mihaly Karoli d’un parti de l’indépendance, en 1916, la contestation prit une tournure institutionnelle. La mort de François Joseph la même année, la révolution soviétique et la propagations des idéaux socialistes qu’elle engendra, ainsi que l’entrée en guerre des États-Unis, en 1917, marquent autant de revers pour la politique impériale de l’Autriche-Hongrie.
Avec la rentrée des prisonniers de guerre -souvent politisés- de Russie, la révolte sociale se met à gronder, avec comme concrétisation une grève de trois jours en janvier 1918 ,suivit par prés de 500 000 ouvriers. Ces mouvements ont avoir d’importantes conséquences sur l’effort de guerre et forcent le nouveau président du conseil, Wekerle, a annoncer nombre de mesures sociales exceptionnelles qu’il ne pourra exécuter, du fait des pressions impériales .

 

III-L’année 1918, de l’indépendance à la république.

La désagrégation d’un empire.

Confronté d’une part à l’effondrement du front, la Bulgarie et la Turquie capitulant en septembre 1918, l’empereur Charles 1er doit aussi faire face à la désagrégation de son empire, puisque le 28 octobre, les conseil nationaux tchèques et slovaques annoncent la création d’un état tchécoslovaque, suivit le 29 par la Croatie et le 31 par les Autrichiens de Galicie. En Hongrie, le 1er ministre Wekerle est quand à lui forcé de démissionner face à la fronde de Mihály Károlyi, ce dernier créant un conseil national le 25 octobre 1918.
Le 28 octobre, la police dut faire feu sur la foule, alors que celle ci tentait de prendre d’assaut le Château royal. Sourd de ces revendications et des souffrances du peuple hongrois, le roi préféra alors choisir le Compte Jànos Hadik comme chef du nouveau gouvernement.
Cette mesure ne fut d’aucun effet, l’empire austro-hongrois avait maintenant vécu, l’armée hongroise rejoignant massivement le conseil national.

 

Cette célèbre affiche de 1918 figure l’enterrement de l’aigle impérial Autrichien par le citoyen hongrois, tout un symbole .

 

 

Vie et mort d’une éphémère république

Suite à la démission du cabinet de Hadik, Mihály Károlyi fut chargé par le roi de composer un nouveau cabinet, le 31 octobre. Le nouveau gouvernement allait être composé de forces de centre gauche, avec le parti Károlyi, le parti social-démocrate et enfin le parti radical. Alors que l’Autriche-Hongrie signe l’armistice à Padoue, le 3 novembre, et que la république hongroise est proclamée le 16, l’Entente poursuit sa progression dans les Balkans. Mihály Károlyi prit alors contact avec le général français Franchet D’Esperey, commandant le corps expéditionnaire de l’entente. Celui ci, visiblement peu favorable aux hongrois,  refusa de reconnaître les frontières hongroises définies à Padoue, et autorisa les Roumains comme les Tchécoslovaque à pénétrer plus avant dans le territoire hongrois. Cette déconvenue s’ajouta à la montée du chômage – 1 200 000 chômeurs en novembre – dû au retour des soldats et à l’arrêt des usines d’armements et d’automobiles. Le gouvernement d’union commença alors a vaciller, le ministre de la guerre, Albert Bartha, démissionnant au cours du mois.

 

Cette affiche, certes très favorable à Károlyi, revêt un certain réalisme quand à la popularité et l’assise de ce dernier ,très en phase avec sa population.

C’est dans ce contexte d’incertitudes et de misère que naquit un mouvement d’opposition qui ne grandira sans cesse, le parti des communistes de Hongrie, dirigé par Bela Kun, ancien prisonnier des camps russes. L’idéal de ce mouvement était de déposer l’actuel gouvernement, qualifié de bourgeois-démocratique, afin que la révolution prolétarienne puisse désormais se faire.
La chute du cabinet de  Mihály Károlyi fut dés lors consacrée lorsque, le 20 mars, le lieutenant colonel Vix – délégué français de l’entente – vint remettre une note prévoyant de céder prés d’un quart du pays afin de soit-disant garantir la sécurité de la Hongrie. Si les motifs de cette disposition  restent encore aujourd’hui fort troubles, leurs conséquences fut de faire démissionner le gouvernement de Károlyi.

IV-La République des conseils .

  Institutionnalisation d’un régime révolutionnaire.

 

Le 21 mars se constitue le nouveau gouvernement hongrois, nommé « Conseil de gouvernement révolutionnaire ». Ce conseil est alors théoriquement dirigé par Sandor Garbai, même si, en pratique, c’est Bela Kun qui possède la primauté quasi complète du pouvoir exécutif. Le régime institué abandonne toute idée de coopération d’avec l’Entente et privilégie l’alliance avec la Russie Bolchévique de Lénine. L’arrivée de ce nouveau régime entraîne une réforme judiciaire avec l’apparition de tribunaux révolutionnaires d’exceptions à l’impartialité douteuse. Parallèlement à cette mesure, l’économie est elle aussi réformée avec la nationalisation de l’ensemble des firmes de plus de 20 salariés. Enfin la liberté de culte fut grandement entravée, les biens des différentes églises saisis, les lieux de cultes réquisitionnés. A ces mesures drastiques s’ajoutent celles concernant directement la vie de certaines branches de la population. Les paysans, qualifiés de bourgeois allaient être fréquemment assassinés, pendant que toute l’ancienne élite du pays, pourtant parfois proche des idéaux socialistes, se vit sévèrement opprimée par le communiste. Ces exactions n’allaient pas être sans conséquences sur la société hongroise tout entière, puisque celle ci se retrouve bien rapidement à cours de vivre. Il s’ensuivit une famine qui eu raison de milliers de Hongrois déjà affaiblis par les années de disettes entraînées par la guerre.

 

L’alliance anti-conseil

Devant les nouvelle de ces exactions, s’érigea à Vienne un comité anti-conseil. Ce comité, dirigé par l’amiral de la flotte austro-hongroise Miklos Horthy, organisa une coalition avec la Roumanie, en bénéficiant du soutien financier de l’entente. Cette coalition prit d’assaut la Hongrie le 1er mai, pendant que les troupes de l’entente pénétraient, elles, en Russie. Subissant de nombreuses défaites face a une armée roumaine bien équipée, les bataillons de Bela Kun furent contraints à un repli précipité. Il s’ensuivit des mesures d’urgences, telles la saisie des vivres au profit de l’armée, qui ne firent qu’aggraver la situation du peuple hongrois.
Des pourparlers avaient alors discrètement lieux à Vienne, entre d’une part des plénipotentiaires de Bela Kun, et d’autres part les responsables de l’entente. De ces discussions n’émergèrent aucun accord, la lutte devant continuer jusqu’à la chute du régime des conseil. Refusant toute idée de démission ,Bela Kun força tout d’abord son entourage a continuer la lutte. Le 31 juillet cependant, alors que les roumains n’étaient qu’à 100 km de Budapest, le conseil du directoire démissionna du fait de la situation désespérée. Bela Kun, perdant ainsi tout soutien, faisant de même le 1er août.

 

Nous avons abordé l’histoire des forces hongroises et la bataille du Don sur le forum, vous pourrez lire le contenu en copiant ce lien :

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